Ce sont déjà les lieux du roman gothique: l’Italie, et en particulier Naples, les grottes de Portici, Venise, la route de l’Espagne par Turin et Lyon, puis une accueillante demeure en Estremadure qui n’est peut-être qu’une apparition. Sur cet itinéraire, don Alvare, commandant aux gardes du roi à Naples, va faire l’expérience des mille et un volutes du surnaturel. Initié à la cabale par son ami Soberano, don Alvare invoque le diable dans les grottes de Portici. Che vuoi? l’interroge la monstrueuse tête de chameau sous les traits de laquelle Béelzébuth apparaît. Sûr de la domination qu’il peut exercer sur les esprits, don Alvare ordonne à Béelzébuth de le servir, d’abord sous la forme d’un épagneul, ensuite sous les traits de Biondetto. Mais le séduisant Biondetto se révèle bientôt être une femme…

C’est un roman fantastique qui peut plaire simplement pour l’ambiance assez singulière qui s’en dégage, une sorte de merveilleux et d’érotisme mêlés, dans le goût des Mille et une nuits, en plus sulfureux sans doute. C’est aussi comme l’auteur nous en prévient un texte symbolique: jeux de l’ombre et de la lumière, composition du matériel et du spirituel, omniprésence de figures sacrées telle celle de la Trinité, organisation d’un monde de correspondances, telles sont quelques unes des contraintes, tirées de la tradition ésotérique, selon lesquelles le récit s’organise. On y lira enfin à mots couverts une condamnation de la philosophie des Lumières: don Alvare est le fils de son temps, un esprit fort qui croit pouvoir exercer sa domination et se leurre lui-même des faux semblants que sa raison produit.

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