Alexis RAUTUREAU: Découvrir les vins d’Italie

Des noms familiers ou inconnus, des sonorités qui enchantent l’oreille, des identités qui glissent d’une vallée à l’autre… Grand pays d’art, l’Italie est aussi un grand pays de vin. Quiconque l’a parcourue en garde le souvenir d’une diversité saisissante. Diversité des paysages, des cépages, des appellations. Jusqu’aux flacons eux-mêmes, dont les formes diverses semblent déjà raconter une histoire. Sur des centaines de kilomètres défile une profusion presque déroutante. Chaque région affirme sa singularité, chaque vin semble naître d’un équilibre propre. C’est cette diversité, foisonnante mais jamais confuse, que Les vins d’Italie de Alexis Rautureau invite à sentir. Une traversée qui invite le lecteur à entrer dans cette immense mosaïque, page après page…
J’entame, après quelques jours d’un séjour printanier dans la région des lacs italiens, un petit périple littéraire italien prolongeant mon voyage. Je parle ici rarement de guides, encore moins de livres consacrés au vin. Pourtant, celui-ci s’est imposé avec une évidence presque gourmande. C’est le genre de guide que l’on peut consulter, bien sûr, comme n’importe quel autre, mais dans lequel on se surprend à rester, page après page, pour le seul plaisir de lire. L’extrait que je cite à la fin de ce billet en donne un bon aperçu: un plaisir qui dépasse largement le verre, faisant chanter les connaissances, une vraie fête de la sensation… et qui pourrait bien séduire même ceux qui ne boivent pas — par choix, par conviction, ou par obligation.
Le livre adopte une organisation très claire. Les régions sont présentées par ordre alphabétique. Pour chacune, Alexis Rautureau propose un panorama des principaux cépages, en mettant en avant ceux qui structurent l’identité locale, ainsi qu’une sélection d’appellations représentatives. À cela s’ajoute un choix resserré de vins et de domaines, accompagné de courts commentaires de dégustation, précis et évocateurs. L’ensemble forme un parcours à la fois rigoureux et très lisible, qui permet aussi bien de s’orienter que de se laisser porter.
Mais le plaisir tient surtout à la qualité d’une écriture très suggestive qui déploie les connotations culturelles et vivantes des vins évoqués, et relie par les mots un vin à un territoire. Claire, vivante, souvent très juste, elle atteint par moments une forme de poésie discrète. Une couleur, une tension, une fraîcheur, une profondeur: ces mots prennent corps. Ils font voir autant qu’ils font imaginer. À plusieurs reprises, j’ai eu le sentiment que le vin prolongeait le paysage dont il est issu, comme s’il en portait une trace sensible.
Cette diversité extraordinaire se retrouve en particulier dans les cépages. Leur présence traverse tout le livre. C’est là que réside justement, à mes yeux, tout le charme, toute la force des vins italiens. Une diversité impressionnante, presque vertigineuse. Des cépages locaux, parfois méconnus, qui donnent à chaque région une identité très marquée. Là où d’autres pays simplifient (Chardonnay et Pinot noir…!), l’Italie multiplie les nuances. Et le livre réussit le tour de force de rendre cette richesse immédiatement lisible, sans jamais l’aplatir. On passe des grandes appellations aux découvertes plus confidentielles avec une vraie gourmandise. l’envie de goûter devient irrésistible. Chaque page appelle une bouteille. Chaque description donne envie de prolonger la lecture dans le verre. Les vignerons apparaissent en filigrane, souvent engagés dans des pratiques artisanales ou biologiques. Ils incarnent cette diversité. Ils lui donnent un visage.
« Greco
Ce nom fut attribué par les vignerons du sud italien à de nombreux cépages capables de donner des vins semblables à ceux de leurs aïeuls grecs, vénérables créateurs du vignoble – c’est-à-dire des vins moelleux et puissants. Mais les études ADN démentent souvent les origines grecques de ces cépages. Ce Greco «tout court» est le plus important, il est différent du Greco Bianco et des autres Greco, il est parfois appelé Greco di Tufo (comme l’appellation qui l’emploie) ou Asprinio. Ce raisin tardif à la baie dorée et grise, riche en polyphénols et en tanins (parfois perceptibles), donne un vin large et complexe, à la robe soutenue, à la concentration fascinante mais à la puissance fragile (il se bonifie quelques années mais craint l’oxydation). Son bouquet prise toute la Méditerranée: abricot et garrigue, amande et fenouil, citron confit et pierres chaudes. . . Puissant, typé, copieux en bouche, ce vin épique vous raconte l’Odyssée. »Alexis Rautureau: Découvrir les vins d’Italie (2022)
0 commentaire