Février 26 – Escapades européennes: polars scandinaves

Published by Cléanthe on

Après les rives méridionales d’Istanbul, les Escapades en Europe ont pris ce mois-ci la direction du Nord. Fjords silencieux, villages figés par le froid, familles repliées sur leurs secrets… le polar scandinave s’est imposé comme une traversée à la fois géographique et intérieure. Cette étape a surtout montré la richesse du genre, chaque participant explorant (certains avec plaisir, d’autres, moins chanceux, plus péniblement) une facette différente de cette littérature.



De mon côté, La Princesse des glaces de Camilla Läckberg m’a séduit par sa lenteur. L’enquête avance au rythme des souvenirs d’enfance, révélant peu à peu les fissures d’une communauté trop bien huilée pour être paisible. Derrière la surface idyllique de Fjällbacka, le roman dessine une forme de mélancolie sociale qui me semble caractéristique de bien des polars nordiques.


Expérimentations et tensions psychologiques

Chez Keisha, avec De la jalousie de Jo Nesbø, le polar prend une forme plus fragmentée, presque expérimentale. Dans ce recueil de nouvelles, la noirceur psychologique domine, la frontière entre victime et coupable se brouille constamment. On quitte ici la lenteur villageoise pour une tension plus immédiate, plus nerveuse.

Alexandra a choisi Prédateurs de la nuit de Maria Grund. Une enquête située dans une Suède brumeuse et marquée par le poids du passé. La jeune policière Sanna Berling y affronte un dossier ancien dont les certitudes vacillent.


Secrets de famille et huis clos nordiques

Ingannmic nous entraîne avec Camilla Grebe dans L’énigme de la stuga, un thriller familial où le huis clos psychologique prend le pas sur la simple enquête policière. Une fête estivale qui bascule dans le crime, des fils accusés, une mère prête à tout pour comprendre… Autant d’éléments qui montrent, même si Ingannmic ne s’est pas trop retrouvée dans cette lecture, combien le polar nordique sait aussi explorer l’intime et la culpabilité familiale.

ClaudiaLucia, avec Les morsures du silence de Johanna Gustawsson, a choisi une tonalité plus sombre encore, une intrigue marquée par la violence du passé et une atmosphère presque gothique, où le suspense repose autant sur les personnages que sur l’enquête elle-même.


Retour aux sources : l’ombre de Wallander

Patrice et Tullia, chacun à leur manière, ont rendu hommage à Henning Mankell. Avec La Cinquième femme et Meurtriers sans visage, ils rappellent combien Kurt Wallander reste une figure centrale du polar européen: une écriture plus politique, plus sociale, où l’enquête devient un miroir des inquiétudes contemporaines. Leur présence dans cette étape fait presque figure de retour aux sources, tant Mankell semble encore irriguer les générations suivantes d’auteurs nordiques.


Paysages, atmosphères…

Sandrine poursuit l’exploration des paysages scandinaves avec Viveca Sten, dont les intrigues insulaires jouent sur la tension entre nature sauvage et fragilité des relations humaines. Là encore, le décor devient un personnage à part entière, comme souvent dans ces romans où la géographie façonne la psychologie. Mais Sandrine ne s’est pas trop retrouvée dans cette lecture, trop conventionnelle, qui a fini par la lasser.


Cap vers l’Islande

Avec Rósa & Björk, Aifelle nous emmène plus loin encore vers le nord, dans les fjords islandais. Entre passé et présent, elle souligne surtout l’atmosphère très particulière du roman: une Islande de petites communautés, de silences et de secrets, où la neige semble conserver la mémoire des drames anciens. Un polar moins spectaculaire que mélancolique, où l’enquête devient aussi une plongée dans la mémoire familiale et dans les ombres d’un territoire isolé.


Une autre porte d’entrée : la bande dessinée

Et puis il y a le billet de Tadloiducine, venu prolonger la lecture de La Princesse des glaces par un détour inattendu: celui de son adaptation en bande dessinée – un récit plus resserré, mis en image, qui donne bien envie de se lancer dans cette nouvelle exploration.


Ainsi s’achève cette traversée nordique, où la neige, les silences et les secrets auront dessiné une autre cartographie de l’Europe, une Europe intérieure, faite de fissures intimes autant que d’enquêtes criminelles. D’un billet à l’autre, les polars scandinaves auront révélé leur pluralité — tantôt sociaux, tantôt psychologiques, parfois inégaux mais toujours révélateurs d’un imaginaire du froid et de la lucidité. Merci à toutes et tous pour ces lectures croisées!



Rendez-vous le mois prochain pour une nouvelle étape, intitulée « Le beau Danube bleu – Focus sur la Mitteleuropa ». Après les paysages enneigés du Nord, nous longerons le grand fleuve centre-européen, de Vienne à Budapest, de Bratislava à Belgrade, à la rencontre d’écrivains et d’imaginaires façonnés par cette Europe médiane où se croisent langues, empires et mémoires. Une invitation à explorer les littératures danubiennes, entre héritages austro-hongrois, modernité viennoise et récits des frontières mouvantes.


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