Catégorie : Non classé

Juin au jardin – le jeu des charades

Suite de mon mois de juin au jardin. Après Nemesis d’Agatha Christie, place à des bouquets de roses, des parterres colorés, la douce odeur du chèvrefeuille.  J’ai installé des chaises longues. Disposé des rafraîchissements. Et pris le prochain livre au-dessus de la pile. Qui saura découvrir l’auteur, et le titre?

Mon premier est un prénom féminin chanté par Serge Gainsbourg.

Mon deuxième est l’autre nom d’animal

Mon troisième est une forme de de prussien

Mon quatrième est une interjection allemande

Mon cinquième est une ville du sud de la France

Mon tout est le nom d’une écrivain anglaise plusieurs fois accueillie dans ce blog.

Le titre est trop facile… quand vous aurez trouvé l’auteure.

Reponse ce week-end

 

 

Au pied du sapin

Une bonne nuit pleine d’étoiles.

Au loin, le bruit des cloches qui tintent.

Deux, trois raclements dans la cheminée.

Et puis, ce matin, au pied du sapin…

Le Père Noël n’a pas oublié l’amateur de livres.

 

JOYEUX NOËL À TOUS !

Yves Bonnefoy est mort

bonnefoyIl y a des écrivains, étrangement, qui sont plus pour soi que des écrivains.  Une présence. Une persévérance discrète à sonder la parole, le réel. Un antidote à l’illusion de certains engagements dans le monde. Un refuge surtout, un reposoir auprès de qui on sait pouvoir revenir chaque fois que le désir  de partager cette exigence sensible, essentielle se fait nécessité. Yves Bonnefoy,  pour moi, comme pour beaucoup d’autres, était cette référence là. J’aimais savoir que quelque part, contemporain de moi, ce grand poète poursuivait l’oeuvre patiente qui fut l’un de mes premiers éblouissements poétiques. Par son oeuvre, il contribuait à rendre le réel  vivable. Il donnait envie d’habiter un monde dont le charme discret, la valeur se découvrait souvent au gré de ses vers ou dans des essais qui ont marqué définitivement mon regard sur l’art.

J’ai appris sa mort ce matin comme celle d’un ami très cher, d’un parent, le regard humide brusquement. Je ne pensais pas que l’on pouvait éprouver cela pour un écrivain. Je n’imaginais pas que cette oeuvre se soit nouée aussi intimement à ce que je suis, à ce que je sens.

 

L’oiseau des ruines se dégage de la mort,

Il nidifie dans la pierre grise au soleil,

Il a franchi toute douleur,  toute mémoire,

Il ne sait plus ce qu’est demain dans l’eternel

(Yves BONNEFOY,  Hier régnant désert,  1958)

Les sanctuaires du monde (sous la direction de Matthieu GRIMPET)

Les sanctuaires du monde« Toutes les religions s’incarnent dans des lieux qui leur sont propres, séparés de l’espace commun. Ce sont les sanctuaires. En donnant à découvrir les milles lieux sacrés les plus emblématiques des grandes spiritualités du monde, cet ouvrage propose une véritable histoire de l’âme humaine, de l’homme de Cro-Magnon aux néopentecôtistes californiens.

Il étudie le rapport entre espace et sacralité tel qu’il s’est institué dans les principales religions depuis les premiers âges et exprimé dans les cultes antiques, l’animisme africain, les civilisations précolombiennes, comme le judaïsme, le christianisme, l’islam, le bouddhisme et l’hindouisme. »

Comme le rappelle le quatrième de couverture, dont je cité ici le début, ce livre est le dictionnaire de ces lieux sacrés, de ces espaces particuliers délimités, découpés dans l’espace commun pour servir au culte d’un groupe, d’une communauté. Pour un amoureux des lieux comme je le suis et un grand amateur de dictionnaires encyclopédiques, ce volume de la collection Bouquins est un véritable bonheur, dans lequel je prendrai longtemps plaisir encore, je pense, à déambuler.

Oui, j’aime les lieux. Les lieux rêvés, bien sûr, les lieux figurés, les lieux ressentis, mais aussi les noms de lieux, les cartes, les registres cadastraux, les inventaires d’occupation des sols, les modes d’organisation du territoire. Bref, tout ce qui milite contre l’idée, trop abstraite, trop mathématique, d’un vaste espace géométrique, référentiel indéterminé de nos actions et des objets. Et j’aime les livres qui me rappellent à quel point l’espace réel ou imaginaire est travaillé par ces amas de vie, ces intensités, ces concentrations d’existence: il y a le très beau dictionnaire de Farid Abdelhouahab: Voyages imaginaires, que j’avais chroniqué il y a déjà quelques temps, ou cet autre « Dictionnaire des lieux imaginaires », d’Alberto Manguel, ou le « Dictionnaire des lieux et pays mythiques » de Battistini et Poli. J’aime les Dictionnaires consacrés à un musicien, un artiste, parce que j’y grappille les lieux qu’ils ont pu fréquenter. Je collectionne moi même quelques lieux visités dans mon petit carnet d’aquarelles, qui me sert pour ainsi dire de Dictionnaire intime et sensible de mes pérégrinations.

Parce qu’il ne sont pas n’importe quels lieux, mais des lieux de culte, de ferveur, les sanctuaires ajoutent à mon amour des lieux, cette autre dimension: celle des croyances, des systèmes théologiques, des modes de représentation spirituelle, bref de tout ce qui rapproche les individus d’une expérience personnelle, intime du divin. Les sanctuaires sont les lieux construits pour vivre ensemble cette expérience.

La richesse de ce Dictionnaire est de passer en revue toutes les sortes de religion, de la préhistoire à l’époque contemporaine. De courtes introductions présentent efficacement les grands domaines culturels. Mais au-delà de ce travail de synthèse, c’est un plaisir de picorer dans la masse de ces entrées diverses: Gargaq, Tivoli, Anandpur, Boumia, Wies, Conques, Médine, etc. On ne peut pas ne pas en tirer une méditation toute personnelle sur la permanence historique des grandes constructions religieuses, l’effort récurrent des hommes pour habiter le monde du divin, et la fragilité des lieux de culte: Angkor dévoré par la forêt, Uppsala dont la grandeur n’est plus accessible que dans les livres, Feronia, dont le bois sacré  antique est depuis longtemps abandonné par toute presence divine, viennent nous rappeler à quel point les dieux eux mêmes sont mortels. À moins qu’ils ne soient que les victimes malheureuses de l’oubli des hommes.

Henry JAMES: Le Regard aux aguets

James (Henry), Le Regard aux aguetsA vingt-six ans, Roger Lawrence, un bostonien, droit, un brin rigide, issu de la société fortunée de Nouvelle-Angleterre,  aspire aux joies du mariage. Il rêve d’un foyer confortable, d’une épouse tendre et aimante, d’un havre de sécurité.  Éconduit plusieurs fois par les femmes du monde qu’il fréquente, Roger tourne son dévolu vers une fillette de douze ans, une enfant démunie dont il a hérité de la garde. Il l’adopte et décide de l’éduquer avec le but secret d’en faire plus tard sa femme…

Pygmalion en Amérique, tel pourrait être le sous-titre de ce premier roman d’Henry James, rédigé par un auteur relativement inexpérimenté de 28 ans, quoiqu’il ait déjà produit alors quelques habiles récits en s’essayant à l’art de la nouvelle. Un roman étrange, un brin artificiel, qui n’est pas dénué cependant d’une certaine saveur de satire sociale et campe – déjà – un premier et beau portrait de femme, ballottée par les rigueurs de son origine sociale et les désirs des hommes qui croient pouvoir tisser en secret le motif de sa destinée. Sur ce canevas scabreux, à la limite incestueux (Roger élève Nora comme sa propre fille et découvre avec elle les joies de la paternité!), Henry James, qui renia ensuite ce livre qu’il jugeait froid et inabouti, compose cependant les thèmes qui seront ceux de son œuvre future: la satire de la naïveté américaine; la proximité de la droiture et d’une certaine perversité morale; l’enfance, la féminité, la sensibilité aux arts vécus comme un point de vue mêlé d’inconscience et de lucidité sur les perversions des hommes; la revendication du droit individuel au bonheur; le romanesque défini non comme une qualité du récit, mais comme la suite de l’imagination des personnages et de leur méprise sur eux mêmes et sur leur entourage.

C’est un premier roman, bien sûr, moins abouti que d’autres œuvres postérieures de jeunesse, ces deux sommets de la comédie du mariage que sont Confiance et Les Européens ou bien le très balzacien Washington Square. Mais c’est le premier roman d’un très grand écrivain, attentif à sculpter finement des personnages romanesques, au moyen de quelques phrases ciselées qui valent à elles seules que l’on se plonge dans ce roman.

Roger est un puritain naïf qui ne se rend même pas compte de la perversité de son projet de séduction. Sa représentation du mariage reste prisonnière d’une vision toute faite qui finalement concède peu à la liberté des sentiments:

Il voyait dans l’avenir, brillant comme à travers la brume, une scène intime, un petit salon éclairé de lampes par une nuit d’hiver, une placide épouse et mère, rayonnante d’un bonheur domestique, une enfant aux cheveux d’or et au milieu de tout cela, lui-même, ivre de possession et de gratitude.

Don Quichotte du mariage, tout entier à ses rêves domestiques, il néglige la manipulation qu’il fait subir à la jeune Nora, s’abritant derrière l’idée qu’il ne s’imposera pas à elle, mais attendra que chez sa pupille la reconnaissance se transforme en transport amoureux.

Roger n’avait nulle envie de rappeler à sa jeune compagne ce qu’elle lui devait, car la clef de voûte de son plan était que leur relation s’épanouît le plus naturellement du monde. Mais il guettait patiemment, comme un botaniste au cours de ses randonnées attend les premières violettes des bois, la timide fleur champêtre de l’affection spontanée.

Face à lui Nora est un de ces beaux personnages d’enfant puis de femme qui annonce les héroïnes de Ce que savait Maisie ou d’Un portrait de femme. Bénéficiant de la générosité de Roger, dont elle tarde à percer le secret, elle se vit comme une princesse dans un conte de fée. Ignorante de la relation qui la lie à son tuteur, elle ne tarde pas à développer sous son regard des qualités qui font d’elle un personnage plus sensible, plus moral et plus intelligent que le pygmalion qui projette sur elle son fantasme d’une vie rangée à l’abri des séductions du monde. Pourtant, rien de définitif sous la plume de James: Roger reste un personnage plus ridicule que pervers, tiraillé dans une « guerre perpétuelle entre son dessein égoïste et son généreux caractère ».

Des péripéties, nombreuses, finissent par déplacer définitivement le roman cependant du côté de la comédie sociale, en s’appuyant sur une galerie de personnages fantasques: Fenton, un profiteur, qui rappelle tardivement un lien de cousinage avec Nora, tâchant de gagner la dot de la jeune fille en faisant une irruption brutale et rocambolesque dans le cours bien réglé de la vie campagnarde où la jeune fille et son tuteur ont élu domicile; Hubert Lawrence, un cousin de Roger, qui trouve dans son ministère de pasteur et dans les beaux sermons qu’il prononce en chaire un terrain d’élection à son talent de séduction des femmes de la bonne société; Mrs Keith, qui chaperonne Nora lors du voyage de la jeune fille en Europe, et tente, à Rome, de la convertir au catholicisme.

Mais le véritable triomphe du romanesque, c’est dans la fin de ce récit (je ne le dévoile pas!) que vous le trouverez: victoire de l’imagination et de l’amour sur la duplicité des sentiments. Le cœur a ses énigmes et les voies du bonheur ne sont parfois pas si éloignées que cela du romanesque le plus échevelé.

Challenge XIXe siècle

Bienvenue sur le nouveau blog de Cléanthe

Bonjour et bienvenue sur le nouveau site de mon blog. Commencée il y a plus de 7 ans, sur une autre plate-forme, c’est ici que l’aventure continue. Une aventure qui a bien failli cesser en septembre dernier lorsque la nouvelle politique commerciale de mon ancien hébergeur et la migration d’office de mon blog sur la nouvelle plateforme du site a décoré brusquement d’une myriade de publicités hétéroclites (et pas toujours de très bon goût) les pages patiemment collectionnées de mon petit carnet de lecture. J’ai laissé mon blog en friche alors, préférant consacrer mon temps à mes lectures et sans plus guère d’envie de retourner sur ce blog, dans lequel je ne me reconnaissais plus.

Mais un blog de lecture, ce sont aussi des rencontres, des avis échangés, des conversations qui ont fini par me manquer. J’avais hâte de retrouver vos commentaires en bas de page, hâte aussi de fréquenter de nouveau vos blogs, dont je me suis éloigné en même temps que le désir de consigner par écrit mes impressions de lecture.

Bref la solution d’un site perso a fini par s’imposer.

Le voici donc, dans un graphisme et une présentation proches de ce que j’avais construit dans ma précédente adresse. J’ai rapatrié tous les articles, ainsi que les commentaires, mais la plupart des liens extérieurs sont morts. Cela me demandera sans doute encore un peu de temps pour tout reconstruire. De même je mettrai à jour progressivement la mise en page des billets. Il faut aussi que je finisse de me familiariser avec les joies (et les difficultés de programmation) d’un site sur lequel je peux aujourd’hui tout contrôler. Je vous demande d’ici là d’être indulgent.

Mais voilà, L’AVENTURE PEUT CONTINUER. Et comme j’ai plusieurs mois de billets en retard, les prochaines semaines risquent d’être bavardes 🙂

Padova (Padoue)

Padova.jpgLes deux collections éditées par l’éditeur d’art milanais Skira, « Gli itinerari d’arte » et « Le città d’arte », dont certains titres sont peut-être disponibles en français, proposent d’intéressants guides consacrés à des itinéraires peu connus (« La plaine émilienne: Bologne, Ferrare et Modène », « La Suisse italienne », « La Valtellina »…) ou à des villes (« Brescia », « Bergame », « Pavie », « Crémone »…). Le volume dédié à Padoue accompagne agréablement le voyage et se montre une aide précieuse à la découverte de la ville.

 

Cinq itinéraires variés sont proposés d’abord qui permettent, dans l’esprit des guides de voyage, mais avec un niveau d’information plus exigeant, de sillonner Padoue. Des notices approfondies sont proposées: la décoration de la chapelle Scrovegni par Giotto. Le café Pedrocchi. Le palais de la Raison, centre civil de la ville médiévale décoré d’un passionnant cycle pictural d’inspiration astrologique, qui est une méditation sur les formes du bon gouvernement, palais qui aujourd’hui encore occupe une place importante au coeur de la cité, puisque son rez-de-chaussé est encore occupé par un immense marché couvert. Le Prato della valle, splendide place au sud de la ville offrant le spectacle curieux d’une île gigantesque en plein coeur de la place, aménagé en jardin, bordé de statues et d’un canal circulaire, et relié à l’espace urbain par quatre ponts disposés symétriquement. L’autel du Santo sculpté par Donatello.

 

Mais ce sont les quatre itinéraires suivants, rangés sous la rubriques « itinéraires thématiques« , qui font tout l’intérêt de ce guide. En particulier on y trouve une passionnante découverte des grands cycles décoratifs du XIVème siècle, qui est une mise au point intéressante sur l’influence de Giotto à Padoue et les conséquences de sa confrontation avec la leçon des grands maîtres du nord: Giotto aux Scrovegni, Guariento aux Eremitani (où l’on n’oubliera pas de jeter un coup d’oeil aussi aux fresques peintes un siècle plus tard par Mantegna, ravagées par les bombardements de 1944, mais qu’une intelligente restauration consistant à remplir en noir et blanc les vides laissés par les destructions de la guerre a rendues de nouveau intelligibles), Guariento à la Reggia Carrarese, Giusto de’ Menabuoi au Baptistère de la Cathédrale, Altichiero et Avanzi à la chapelle San Giacomo du Santo ou Altichiero seul à l’oratoire de San Giorgio sont les étapes d’un parcours qui en une seule journée (à condition qu’on soit vraiment féru de peinture du XIVème siècle!) permet de jouir de ce que la peinture gothique a produit de plus beau.

 

 

Guide Skira – Le Città d’arte: Padova. Milan. Skira Editore. 2004.