Mois : octobre 2011

Emile ZOLA: Pot-Bouille

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Monté à Paris, Octave Mouret est un jeune homme de province ambitieux. Rêvant déjà de grand commerce (il sera le protagoniste principal du roman suivant : Au bonheur des dames), c’est aussi un coureur de jupons invétéré, qui pense pouvoir réussir par les femmes, en suivant le chemin déjà emprunté avant lui par d’autres héros de romans du XIXème siècle. L’immeuble dont il occupe une mansarde du quatrième étage va devenir son terrain de chasse. Car derrière la façade pleine de respectabilité de la demeure bourgeoise tout un brouet peu délicat de vices et de pratiques faisandées a trouvé là à se cuisiner…

 

Ce Pot-Bouille est vraiment une œuvre très réussie, sans doute l’un des sommet du cycle des Rougon-Macquart, aussi bien grâce à la véritable jubilation critique dont Zola y fait preuve que pour des raisons formelles, qui tiennent à la nature d’un roman qui n’est pas structuré véritablement par le développement d’une intrigue, mais par le mouvement exploratoire conçu par un Zola, véritable entomologiste de la condition bourgeoise, qui sait trouver dans cet immeuble où vient se loger Octave Mouret un terrain particulièrement approprié à ses recherches. Pot-Bouille est en quelque sorte L’Éducation sentimentale de Zola. De Flaubert, on retrouve le ton caustique, la haine du bourgeois, une ironie féroce, qui n’épargne pas son personnage principal, même si la férocité amoureuse d’Octave est rachetée par un certain donjuanisme, une passion toute donquichottesque à s’enticher des femmes dans lesquelles il ne croit voir au départ qu’un moyen.

 

Car Octave est surtout une formidable invention romanesque. Traversant sans s’y fixer, comme cet escalier de l’immeuble qu’il monte et descend sans fin, les différentes strates de la société bourgeoise, Octave est d’abord un révélateur, par sa propre chimère, de ce monde d’imagination dans lequel ses voisins modèlent leur vie et se donnent à eux-mêmes l’illusion de la respectabilité . La double vie de Duveyrier, partageant bourgeoisement son existence entre sa femme Clotilde et sa maîtresse Clarisse, le ménage à trois que forment Campardon et ses deux femmes, l’hystérique Valérie Vabre, qui profite de ses sorties à l’église pour se donner à des hommes, la voluptueuse Madame Juzeur qui vit par procuration l’histoire des femmes de l’immeuble en s’efforçant de travailler à leur félicité sont quelques uns des détours pris dans cette histoire par des personnages qui jusque dans la recherche la plus brutale du plaisir s’efforcent de sauver la façade de leur respectabilité bourgeoise. Duveyrier ne rêve pas d’une vie moins bourgeoise avec sa maîtresse qu’avec sa femme ; « l’autre Madame Campardon » se dévoue au soin de la maison et de la femme de Campardon ; Valérie Vabre recherche dans d’autres bras une compensation à l’impuissance de son mari, mais s’ennuie dans l’amour ; Madame Juzeur assouvit sa recherche voluptueuse en se faisant manger de baiser par les hommes qui la fréquentent, mais refuse de se donner davantage.

 

Par l’intermédiaire du personnage d’Octave, séducteur pris au jeu de sa propre séduction, qui méprise les femmes dont il tombe amoureux et se prend de passion ou de tendresse pour des êtres en qui il ne voit d’abord qu’un moyen d’assouvir ses appétits et son ambition, quelque chose se donne aussi de la condition féminine dans cette société du Second Empire, officiellement dévoué à la défense de l’ordre et de la religion. Les conquêtes d’Octave sont toutes des femmes frustrées, qui tombent dans ses bras, non par plaisir, mais poussées par la vacance de leur propre vie, ce vide intérieur que Zola diagnostique comme étant au fondement de la condition bourgeoise. Ici une enquête se finit, commencée avec Une page d’amour et poursuivie dans Nana . Ses héroïnes sont toutes des femmes frigides qu’une autre ambition que le plaisir pousse à l’aventure de l’adultère : la simple passion maniaque (Valérie, qui se refuse à Octave, mais se donne à d’autres), un sentimentalisme à l’eau de rose nourri de lectures romantiques (Marie Pichon), l’habitude d’une fille éduquée dans la recherche obsessionnelle d’un homme à épouser (Berthe Vabre, née Josserand). Au-delà des conquêtes d’Octave, ce sont toutes ces femmes qui restent chastes par désintérêt pour l’amour, et qui cherchent à combler par d’autres amours illusoires le néant de leur vie : Clotilde Duveyrier s’étourdit de musique ; Madame Campardon mène une vie vouée à la seule contemplation d’elle-même noyant sa profonde dépression dans le temps passé à sa propre toilette, le goût d’un lit douillet et de lectures tardives ; la tyrannique Madame Josserand traite du mariage de ses enfants comme d’affaires d’argent, ne s’interdisant aucun des roueries dont sont capables certains milieux d’argent et se comportant chez elle en véritable mère maquerelle.

 

C’est dans la vie des domestiques cependant que s’affirme avec le plus de violence la charge de Zola à l’encontre de cette société bourgeoise. Gourd campe un concierge caricatural, une figure emblématique du serviteur aliéné dont la condition est proche de celle des domestiques, mais qui croit s’en éloigner en adoptant le code de valeur de ses patrons, dont il cherche à se faire un fidèle garant de la respectabilité hypocrite. Le contrepoint offert par la description des bonnes et cuisinières qui d’un balcon à l’autre s’échangent des propos irrespectueux le long du trou obscur que constitue la cour des domestiques constitue un des meilleurs moments du roman. Et on trouve dans la description d’Adèle, la fille de cuisine sale et ignorante, accouchant seule dans sa mansarde, les pages les plus féroces de Zola : la souffrance de cette pauvre fille, prise par des maîtres qui la dominent, donnant naissance à une fille dont elle ne connait pas même le père, les mouvements douloureux de son corps redoublés par sa propre ignorance de ce qui arrive à ce corps constitue l’acte d’accusation le plus violent à l’égard de l’hypocrite respectabilité bourgeoise d’un Zola qu’on trouvera rarement aussi féroce ni aussi terrifiant.

 

Ultime ironie de l’histoire, un écrivain habite également cette demeure, avec sa femme et ses deux enfants : un personnage qui ne sera jamais nommé autrement que « le monsieur du deuxième », un homme « qui fait des livres », et dont on découvre à la fin que son œuvre se nourrit des agissements et turpitudes de ses voisins, bref une sorte de substitut romanesque de Zola – un comble dans un roman naturaliste dont l’esthétique exige que l’auteur soit absent !

 

 

Les Rougon-Macquart: n°10

 

Henry RIDER HAGGARD: Les Mines du roi Salomon

Les Mines du roi SalomonUne carte au trésor qu’un portugais a tracé de son sang il y a plusieurs centaines d’années. Un seigneur anglais parti à la recherche de son frère avec l’aide d’un capitaine et d’un chasseur vieillissant. D’imposantes montagnes couronnées de neige de l’autre côté d’un désert qui semble infranchissable. La promesse d’un pays d’or et de diamants. Et un étrange serviteur africain qui cherche à retrouver le rang perdu auprès de son peuple…

 

Les ingrédients du roman d’Henry Rider Haggard enchanteront tous les lecteurs de romans d’aventures – et avec raison, car il s’agit d’un des meilleurs. Premier volume des histoires d’Allan Quatermain, ce récit m’a donné envie de me plonger au plus vite dans la suite, s’il n’était le fâcheux contretemps que ces livres ne sont plus disponibles en français depuis longtemps. C’est pourtant un récit d’une exceptionnelle efficacité, qui n’atteint pas sans doute dans cette matière au génie de L’île au trésor de Stevenson, modèle du genre (et l’un de mes livres préférés), mais mérite de figurer au panthéon des récits d’aventures.

 

Il y a bien sûr que, comme tout récit d’aventures coloniales, ce roman n’échappe pas à une idéologie qui est celle d’une autre époque. Dominée par les clichés racistes, fière d’une représentation du monde qui place le mâle européen au sommet du monde, l’idéologie coloniale reste l’envers du rêve de découverte et de dépaysement portant le roman d’aventures africaines. L’aventurier est un colon. Un Européen abordant en conquérant le continent africain, y colportant son regard obscurci par la représentation de sa propre supériorité, avide d’en extraire les richesses. Dans une certaine mesure, les personnages de Rider Haggard n’échappent pas à cette pente, même si l’auteur se montre plus subtil que dans d’autres romans : ainsi son personnage de sir Henry, motivé par autre chose que la quête effrénée de richesses, offre un contrepoint intéressant à la cupidité assumée d’Allan Quatermain.

 

Il serait bête cependant d’en rester là. Car comme dans toute œuvre véritablement réussie, capable de transcender l’idéologie qui la porte, on trouve dans Les Mines du roi Salomon quelque chose qui court, sous l’idéologie coloniale, de plus premier peut-être, de sincèrement humain : une perception assez vive de la précarité des existences, la découverte dans l’épreuve de formes de solidarité possibles entre Africains et Européens. Ainsi l’expérience de la guerre, vécue aux côtés de combattants africains, dans la lutte qui oppose deux prétendants au trône sur le site des mines du roi Salomon offre un bel exemple de solidarités viriles transcendants les frontières d’origine ou de culture. Tout cela environné de paysages sublimes décrits en des termes véritablement amoureux de la nature africaine et capable eux aussi de transcender l’opposition des territoires : ainsi le beau moment où nos explorateurs s’émeuvent devant la splendeur d’un paysage africain aussi beau que ceux de l’Angleterre !

 

Finalement si, au-delà de son attirail de trésors, de guerres, d’épreuves mettant en péril le sort de nos explorateurs, de sorcière, de grotte, de passages secrets, de vestiges d’anciennes civilisations perdues, de mines conçues comme un labyrinthe, de déserts et de hauts plateaux, le roman séduit, c’est pour l’histoire très humaine qu’il raconte : celle d’Européens happés par cette Afrique qui les fascine, mais qu’ils craignent, et prompts à retrouver leur propre brutalité au cœur de cette terre qu’il abordaient comme un continent étranger. Finalement le chemin n’est plus long entre ce très réussi roman de Rider Haggard et la magistrale démonstration de Joseph Conrad dans Au cœur des ténèbres. Mais cette leçon encore faudra-t-il qu’un auteur de la trempe de Conrad la tire…. la fiche sur Conrad est à suivre, car cette lecture m’a donné très envie de relire le roman de Conrad !

 

 

Henry Rider HAggard, Les Mines du roi Salomon. Edition électronique: Feedbooks.


Virginia WOOLF: Nuit et Jour

Nuit-et-Jour.jpgIls sont quatre. Quatre jeunes gens. Katherine Hilbery, petite fille d’un poète de fiction qui fut l’équivalent en son temps de Coleridge ou de Shelley, a grandi dans le culte de son grand-père, dans une maison consacrée toute entière à la lecture et à la poésie. Elle s’est fiancée avec William Rodney, homme délicat, mais un peu égoïste, qui se pique de théâtre et est hanté par les convenances et les bonnes manières. Ralph Denham, jeune juriste, condamné à travailler afin de subvenir aux besoins de sa famille est l’ami de Mary Datchet, une suffragette, engagée dans le combat de la reconnaissance du droit de vote des femmes. Au cours d’un chassé croisé, dont l’enjeu est d’abord chacun des personnages eux-mêmes, la conquête de leur individualité et de leur indépendance, les quatre jeunes gens vont se croiser, mêlant les valeurs et les aspirations, dans le cadre d’une ville de Londres superbement rendue et d’atmosphères évocatrices promptes à souligner la variation des points de vue et les atermoiements du sentiment amoureux…

 

Je dois d’abord un grand merci à Lou. J’ai eu très vite envie de me lancer dans ce roman peu connu de Virginia Woolf, après la lecture de son billet élogieux, et franchement je ne le regrette pas. C’est un roman magnifique. Un beau roman d’amour d’abord, qui de ce point de vue ne déçoit pas, une sorte de version début XXème du récit sentimental à la Jane Austen. Mais c’est aussi plus que cela: une belle réflexion sur l’opposition de deux tempéraments – contemplatif et entreprenant, poétique et scientifique -, de deux mondes – l’ancien et le nouveau -, de deux Angleterre -oisive et laborieuse- à un moment de grande mutation de la société britannique – une oeuvre attentive à donner une représentation romanesque des éléments de la vie moderne: l’individu perdu dans la foule, le mouvement des transports (bus, taxis), la conquête de la liberté individuelle, le droit des femmes à l’indépendance.


Esthétiquement très maîtrisé, même si ce n’est que le deuxième roman de Virginia Woolf, antérieur donc aux nouveautés formelles des oeuvres à venir (Mrs Dalloway,…), ce Nuit et Jour est construit autour de deux grands principes formels: l’alternance des lieux, clos et ouverts, donnant une place très importante aux nombreuses promenades et déambulations des personnages dans Londres ; et la récurrence de tours poétiques évoquant les mouvements de l’âme en des termes marins: vagues, phare, mouettes. La présence permanente de la Tamise, coulant inexorablement, accompagne de sa présence sourde l’évolution des personnages et travaille à joindre en une seule image lourde et mobile, ces deux thématiques formelles du livre. Les différents lieux du roman s’en détachent: Highgate, Russell Square à Bloomsbury, le Strand, Chelsea, offrant aussi un élément de continuité saisissant dans la diversité d’une ville mouvante à l’image de la diversité de ses habitants.


Il en ressort une impression de liberté romanesque tout à fait passionnante, dans la mesure où dans cette histoire tout est justement affaire pour les personnages de conquête de l’indépendance face aux enfermements de toutes sortes. On répète à loisir qu’il s’agirait encore sous la plume de Virginia Woolf d’une oeuvre classique. Certes, au regard de l’oeuvre future. Mais il serait dommage de passer à côté des belles libertés déjà de ce roman. Il y a là quelque chose en effet qui m’a fait pensé plusieurs fois à Henry James ou d’une autre manière à Graham Greene: comme Greene en effet Woolf procède ici sur la trame commune d’un genre convenu, mais en s’offrant au passage de magnifiques moments de liberté narrative. Ainsi ses personnages progressant par petits bonds infinitésimaux, glissant insensiblement au dehors du personnage dans lequel leur position personnelle ou la situation sociale menace de les enfermer. Ou bien le chapitre très réussi où l’on voit Katherine s’élancer paniquée dans Londres, à la recherche de Ralph: un moment de pur délice et d’une rare intensité, où, tout en faisant bondir le coeur de son lecteur, Virginia Woolf trouve à prouver son talent rare à donner une forme littéraire à ces objets nouveaux que sont justement la foule ou la ville moderne confrontés à l’expérience de la solitude individuelle.

 

 

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Virginia Woolf, Nuit et Jour (1919). Points, 2011.


Emile ZOLA: Nana

Nana

Sur la scène des Variétés, Nana, une fille-mère échappée à la condition des filles de la Goutte d’Or, fait sa première apparition. Piètre comédienne, elle sait séduire le public masculin par ses déhanchements et ses provocations. L’austère comte Muffat, troublé par ses charmes, se joint bientôt au ballet des prétendants. Pour eux tous un seul but : jouir des faveurs de la jeune femme. Mais Nana est restée catin. Reine du demi-monde, elle enchaîne les passes, surtout que ses appétits s’accroissent à proportion de ses succès, avec à l’horizon pour Muffat, son amant et protecteur, et toute la ribambelle des hommes qui l’approchent, une véritable banqueroute sentimentale…

 

Muffat, le haut dignitaire de l’Empire, que Nana humilie, le comédien Fontan qui la bat, la prostituée Satin, dont elle tombe éperdument amoureuse, Philippe Hugon qui se fait voleur pour elle et humilie sa dignité militaire, le jeune Georges, tant d’autres encore : les hommes, dans le roman de Zola, forment autour du corps ensorcelant de Nana une véritable bacchanale qui, non sans rappeler l’atmosphère étourdissante de sous entendus canailles de quelques uns des tableaux pompiers de l’époque, vaut comme le sous-titre éblouissant apposé en dessous du roman du Second Empire. Après les sommets de la politique ( Son Excellence Eugène Rougon ) et de la spéculation (La Curée), après les bas-fonds de misère ( L’Assommoir), ce neuvième volume des Rougon-Macquart qui cèle la rencontre des rêves de grandeur de Nana, sortie du ruisseau, et d’une haute bourgeoisie qui s’encanaille invite à d’intéressants raccourcis.


Ce que le roman nous raconte, c’est l’envers de la respectabilité bourgeoise – question d’autant plus vive qu’elle n’est pas seulement un mode d’être social, mais la caution idéologique d’un régime politique: le coup d’État de Louis-Napoléon a été motivé idéologiquement par le prétexte de mettre un terme aux débordements démocratiques de « la canaille », en s’appuyant sur ces deux piliers de respectabilité que seraient la bourgeoisie et l’Église. Avec Nana, tout bascule. Les déhanchements de la prostituée montée sur les planches, sa féminité réduite à quelques passes amoureuses a le pouvoir de mettre à bas les hypocrisies de l’Empire. Les intérieurs cossus, le pourpre des tentures, les amas de dentelles rien donc qui, jusqu’au cœur des plus grandes maisons, n’exprime la folle course qui s’est emparée de l’époque : la course au lupanar. Tout s’échange. Non seulement les hommes et les amours, mais les rôles : Georges est la femme de Nana ; Satin, son petit homme. Les valeurs : on trafique des corps au théâtre comme au bordel, et la société elle-même n’est qu’un vaste théâtre. Les ambitions sociales : Nana rêve d’être une grande dame ; politiquement, ses idées sont plus que conservatrices : réactionnaires. Et le digne et austère Muffat, caution morale de l’Empire, finit par s’humilier en acceptant les hommes que Nana qu’il entretient fréquente.


Tout cela fait un monde dont les deux passages essentiels du roman nous offrent un saisissante vision en raccourci : la scène du théâtre qui ouvre le récit où les déhanchements étourdissants de Nana sur la scène viennent enflammer les hommes dans la négation radicale de toute valeur artistique au sein même du temple de l’art ; et la scène du grand prix hippique où l’on voit Nana fêtée par tous sous la forme d’une jument qui porte son nom !


Une lecture tout d’une traite donc après les errements de ma lecture d’Une page d’amour. Ce neuvième volume des Rougon-Macquart est un très grand roman, un des sommets du cycle. Et pour mon plus grand plaisir, il semble que le volume suivant soit au moins aussi bon.

 

Les Rougon-Macquart: n°9

 

 

Emile Zola, Nana. Edition électronique: Feedbooks.

 

 

La chronique du jeudi

Je reprends ici une pratique initié il y a quelques mois sur une idée de Malou, intitulée alors C’est lundi, que lisez-vous? Un billet en liberté, composé au fil de la plume. Une sorte de carnet hebdomadaire de lecture. Pourquoi le jeudi? Parce que c’est un jour important dans ma semaine, du moins dans la semaine de ma vie de lecteur. Moment de pur équilibre entre la semaine qui s’apprête à s’achever et les désirs de lecture du week-end qui commencent à poindre. Une sorte de chevauchement, d’entrecroisement des durées.

 

Une semaine toute en belles découvertes donc et en relectures. Du côté des découvertes, d’abord, Nuit et Jour de Virginia Woolf, commencé samedi dernier, suite au beau billet que Lou lui consacre. Je n’avance pas aussi vite que je le souhaiterais mais c’est essentiellement par désir de consacrer à ce roman très convaincant l’attention qu’il mérite. Et puis il y a aussi qu’en pleine séance de rattrapage de mes billets en retard sur Zola, j’ai ouvert Pot-Bouille. Semble-t-il le roman n’est pas ce long purgatoire que je croyais avant les illuminations d’Au bonheur des Dames. Extraordinaire scène du héros, découvrant l’immeuble dans lequel il va loger, et voyant dans ses différentes voisines la promesse d’aventures possibles. Pur délice de ce détournement libertin d’une scène d’exposition typiquement balzacienne, dont je n’imaginais pas Zola capable. On parlait beaucoup de poésie ces jours-ci, dans l’attente du nom du lauréat du prix Nobel de littérature. C’est finalement le suédois Tomas Tranströmer qui a été couronné aujourd’hui, un poète que je n’ai encore jamais lu. Mais cette semaine a été l’occasion de me replonger dans l’oeuvre d’Adonis, dont j’ai beaucoup aimé la belle parole poétique émergeant des textes réunis dans le recueil paru sous le titre de Mémoire du vent. Avec un regard aussi vers le haut de ma bibliothèque où je tiens précieusement rangées les oeuvres d’Yves Bonnefoy. Et puis des textes sur la justice: un passage du De Cive de Hobbes, quelques pages de La République de Platon, un balayage un peu rapide de Du Contrat social de Rousseau et de la Profession de foi du Vicaire Savoyard.

 

Lou a lancé pour la deuxième année consécutive son challenge Halloween auquel je ne pourrai pas me joindre faute de temps, mais je suivrai de près ce mois-ci ses billets ainsi que ceux de ses comparses. J’ai par contre pris un ticket d’entrée au Challenge Victor Hugo de Val ainsi qu’un peu tardivement au Challenge Balzac de Marie.

 

Au programme du week-end à venir: Virginia Woolf et Zola, plus un roman de SF peut-être. Mais les promesses qu’on se fait sont faites pour n’être pas tenues…

 

Bonnes lectures.

 

Emile ZOLA: Une page d’amour

 

Zola8Hélène Mouret, à l’âge de 17 ans, a épousé Grandjean, avec lequel elle a eu une fille, Jeanne, une enfant maladive, affectée régulièrement par des « crises ». Ensemble, ils sont montés s’installer à Paris, mais bientôt Grandjean meurt et laisse la mère et la fille seules dans cette ville qu’elles ignorent. Depuis la colline de Passy où elles logent, elles observent la capitale sans pouvoir rien nommer des hauts lieux de la vie citadine qu’elles ont sous les yeux…

 

Une page d’amour n’est pas le plus connu des volumes des Rougon-Macquart. Et franchement, ce n’est pas parce que ce serait une chef-d’oeuvre méconnu. Le roman est poussif, un rien rébarbatif et a été la pente sur laquelle, pendant plusieurs mois, j’ai calé dans l’avancée de mon auto-challenge Rougon-Macquart. Après l’extraordinaire Assommoir, ce retour au charme discret, presque provincial de la moyenne bourgeoisie de Passy, dont j’attendais cependant beaucoup (on ne se refait pas, j’ai toujours eu un faible pour les romans d’amour), m’a demandé plusieurs lectures pour venir à bout du récit. La troisième a été la bonne!

 

Je crois que Zola cette fois-ci est passé un peu à côté de son propos. La trame principale du roman, celle des amours d’Hélène Grandjean, et de son distingué voisin, le docteur Deberle manque de cette pointe de sensualité, de tendresse discrètes qui aurait pu donner tout son prix à cette histoire d’adultère. Mais, on le sait, Zola excelle davantage dans les gros effets. C’est comme demander à un orchestre symphonique d’aborder le répertoire d’un quatuor à cordes. Quant à la trame secondaire, celle de la « folie » de Jeanne, si elle représente une intéressante tentative de proposer une première description romanesque des troubles psychologiques graves qui peuvent affecter une enfant au moment de l’entrée dans l’adolescence, elle ne m’a pas non plus convaincu.

 

Pourtant le roman n’est pas sans intérêt. Certains effets mélodramatiques ne sont pas inintéressants: les circonstances de la mort de Jeanne pendant que des péripéties théâtrales, dignes du boulevard, conduisent Deberle et Hélène dans les bras l’un de l’autre confèrent au roman un tour un rien artificiel, mais qui sait proposer une échappée intéressante vers les fonds insondables du désir. Le bal masqué des enfants organisé chez les Deberle est un moment d’anthologie. Et surtout, perdues dans ce tissus romanesque un peu trop filandreux, j’ai trouvé quelques unes des plus belles pages cependant que j’ai lu chez Zola: celles qu’il consacre à la description de la vue de Paris, qu’Hélène contemple de sa fenêtre, sans pouvoir nommer les lieux qui s’étalent sous ses yeux. J’ai soigneusement coché ces pages que je ne risque pas d’oublier.

 

Les Rougon-Macquart: n°8

 

 

Emile Zola, Une page d’amour. Edition électronique: Feedbooks.

Challenge Henry James – 1 an déjà

challenge henry jamesDe retour de ma librairie (où je viens d’acheter les deux derniers volumes en Pléiade des Nouvelles Complètesde James, à peine parues) et pour fêter le premier anniversaire du Challenge Henry James, je vous propose de faire un petit point sur le Challenge.

 

A ce jour, il y a 12 participants. Et il est bien sûr toujours possible de s’inscrire.

 

Dans la catégorie Jamesiens débutants

(un roman et une nouvelle de James)

Vilvirt  Maggie  Karine  Mango

 

Dans la catégorie Jamesiens confirmés

(deux romans et deux nouvelles de James, une adaptation cinématographique d’une des oeuvres de James, un roman ou une biographie ou un essai critique sur James)

Céline  Alicia  Lou

 

Dans la catégorie Jamesiens experts

(trois romans et trois nouvelles de James, un récit de voyage ou essai critique de James, une adaptation cinématographique d’une des oeuvres de James, un roman ou une biographie ou essai critique sur James)

George  Titine

 

Dans la catégorie Jamesiens « hors catégories »

(challenge libre pour ceux que les règles précédentes indisposent)

Urgonthe / Canthilde  Oceane

 

La liste complète des billets publiés est disponible sur la page du challenge.

challenge henry james

 

Une bibliographie complète, avec des liens vers mes billets, est disponible sur la page bibliographie d’Henry James

 

A ce jour, seule Vilvirt  a terminé son challenge.

Sont en cours Maggie  Urgonthe  Oceane

Les autres n’ont pas encore commencé.

 

Je vous propose donc pour pimenter un peu le challenge et motiver ceux qui n’ont pas encore commencé (dont je suis) de fixer une date limite au


1 juillet 2012

 

Bonnes lectures jamesiennes.