Ceux qui suivent cette chronique (presque) mensuelle, savent déjà quel courage, quelle audace, et quel brin de folie ont présidé à la plus extraordinaire des découvertes sans doute, à un voyage comme on en fait peu, à travers des multitudes de royaumes, au pays enchanté de ma PAL. Le sage avait raison: c’est à côté de soi parfois qu’on trouve les choses sortant le plus de l’ordinaire. N’écoutant que mon coeur, je m’armais, il y a déjà quelque temps, des instruments nécessaires à mon travail d’explorateur (une paire de lunettes, une lampe, un bon fauteuil), plus quelques ustensiles utiles à compléter ma panoplie d’aventurier un brin loufoque (mais tous les explorateurs ont leurs petites manies): théières, tasses à thé et thé en quantité; et je me dirigeais, sans un regard derrière moi, vers le coeur mystérieux de ma PAL…

J’avais reçu le carton d’invitation dès le mois de juillet, par une matinée ensoleillée, le coeur léger et enjoué à l’idée de me rendre prochainement au beau pays d’Avignon. J’étais loin des frayeurs et des lugubres apparitions d’Halloween. Pourtant, quelque chose attira aussitôt mon attention dans le billet de mes deux amies numériques. Le remord peut-être d’avoir raté les précédentes rendez-vous. Ou le sentiment que quelque chose ne se tramait pas là dedans comme il devrait:

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Halloween 2013 stop avons loué une grande maison hantée stop viens nous rejoindre pour Halloween stop Fantômes au grenier stop Proprio restée très mystérieuse quand nous lui avons parlé de la cave stop rdv là-bas le 1er octobre

Ah, le 1er octobre – dire que je devrais déjà être là-bas… et nous voilà le 2! Il est temps sans doute que je vous dise par quels périples inouïs il m’a fallu passer jusqu’ici. Oh, si vous saviez… Oui! Des rencontres à glacer le sang!… Mais tâchons de mettre de l’ordre dans mon esprit agité encore par les rencontres que je viens de faire. Esquissons brièvement les traits d’une chronologie…Au cours de mon séjour dans le village anglais, j’avais discuté avec quelques amis rencontrés là bas, tous amateurs de demeures anciennes et de Loch écossais (nous nous étions blottis ce jour de pluie dans un salon d’aspect londonien, les pieds devant un bon feu et un verre de sherry à la main – c’est le meilleur endroit pour parler de fantômes!). Et quelqu’un évoqua (pourquoi est-ce que je ne parviens toujours pas à me rappeler qui c’était?) un antique passage, conduisant, selon lui, à travers la région la plus mystérieuse de ma PAL, jusqu’au lieu désolé où j’appris, quelques semaines plus tard, que Lou et Hilde s’apprêtait à louer la demeure qui devrait servir de cadre à nos rencontres horrifiques du mois d’octobre. Ce ne pouvait être une coïncidence! Il me fallait trouver ce passage!

J’eus bien besoin de tout l’été pour découvrir ce qui restera sans doute dans ma mémoire comme le lieu le plus noir, le plus angoissant, le plus terrifiant de ma PAL. Je ne soupçonnais pas de tels recoins. Mais dans ce monstre architectural et géographique qu’est devenu chez moi l’accumulation de livres, il fallait que je m’attende à tout. En septembre, des amis, dont je reparlerai sans doute dans de prochains billets, qui portaient les doux noms de Forster et de Virginia Woolf, moquèrent mon goût indéracinable pour les histoires de fantômes et s’amusèrent de mes manières gothiques et victoriennes. Il faut dire qu’ils faisaient profession d’adopter dans leurs oeuvres des tours résolument modernes et se réunissaient, dans un coin nommé Bloomsbury, pour fustiger toutes les idées anciennes. Des gens originaux, certes, mais attachants. C’est Virginia qui, involontairement, me mit sur la voie: « On dirait le vieux Jack! Tu sais, ce vieux fou qui crèche non loin du pays d’épouvante ». Un pays d’épouvante? Ici? Au coeur de ma PAL? Je tenais sans doute le passage où je retrouverais la route me conduisant jusqu’à l’imposante demeure de mes amies.

Donc, le 1er octobre – était-ce hier à peine? – je me dirigeais d’un pas confiant jusqu’au garage de Jack Be Little, qui curieusement se trouvait non loin de Bloomsbury (je parle évidemment du coin d’étagère qu’en raison de ses habitants j’ai prénommé ainsi), sur la grand route, juste avant la barrière que fait une pile de vieux romans d’épouvantes achetés il y a longtemps dans une brocante. Oh, tout se passa bien, d’abord. Jack me reçus le plus gentiment du monde, bien que j’eus besoin de quelques temps pour me faire à sa tête de citrouille. Puis, grimpant dans ce que je reconnus comme l’un des premiers modèles de Ford T, nous commençâmes à escalader la pente qui s’élevait derrière son garage. Jack m’avait prévenu: les romans d’épouvante sont des compagnons pacifiques tant qu’on passe à côté d’eux en faisant mine de ne pas les voir. Mais attention à ne pas s’y plonger, quand le jour pâli. Mais on ne se refait pas. Oh! n’anticipons pas!…Alors que nous arrivions en vue du lieu de notre rendez-vous, mystérieusement, la voiture cala. Une mystérieuse force, pesant sur nos épaules, nous retenait attachés aux fauteuils. Déjà le jour tombait. Nous voyions des ombres qui passaient sur la lune. Et puis ce cri, oh, ce cri strident. Je perdis connaissance… Quand je me réveillais, j’étais tout seul dans la voiture. Jack avait laissé un mot collé sur le pare-brise: « je suis rentré au garage. Désolé pour la mise en scène, mais je vous laisse seul avec nos spectres. Je ne voudrais pas gâcher votre plaisir. Passez un bon mois de lectures terrifiantes… P.S: on se déplace ici en entrant dans les livres. Vous trouverez le chemin de la maison de vos amies en trouvant le bon livre! »

Il m’a donc fallu me pencher, et prendre l’un de ces compagnons d’épouvante que j’avais négligé jusqu’alors. J’hésite encore à vous raconter ce que j’y découvris alors. Ce fut une nuit de terreurs. Je ne fermais pas l »oeil de toute la nuit. Mais que de livres passionnants. J’ai engrangé la matière de nombreux billets qui égaieront nos soirées, j’en suis sûr, à condition néanmoins que je trouve enfin la maison de mes amies… Mais je sens depuis une bonne dizaine de minutes une odeur caractéristique de soupe à la courge. Je crois deviner l’aile hantée d’une antique manoir au-dedans de la brume. Serait-ce la fin de mon voyage? Oui. Et cette voix? Quoi? Ces deux voix?N »est-ce pas là Lou et Hilde que j’entends au milieu des bruits de chaîne et des cris de revenants?

Je vous glisse rapidement le visage de quelques uns des ces compagnons d’épouvante.

Et puis, pour soutenir nos folles soirées de lectures, quelques compagnons ramenés d’un récent week-end en Allemagne:

Mais nous en reparlerons…

10 Comments on Voyage au centre de ma PAL (5): le passage des livres terrifiants

  1. @Mrs Figg: j’ai commencé! C’est assez différent en effet des autres Oates que j’ai lu, mais j’aime bien. Les premières pages en tout cas sont saisissantes!!!

  2. Pour le mois américain je ne sais rien mais la LC de Bellefleur c’était mon idée lol !
    Je viens de commencer … c’est déjà assez différent des JCO habituels !

  3. @Mrs Figg: Oups! C’est que je m’y perds un peu entre tous ces challenge. En tout cas, c’est une très
    bonne idée d’avoir proposé cette lc. J’espère que je serai à temps au rendez-vous.

  4. Bonjour Cléanthe !
    Je viens également de déterrer de ma PAL (cachée parmi les étagères les plus poussiéreuses et visiblement habitées par les araignées lol) « Bellefleur » de JCO.
    Je te souhaite une bonne lecture !

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