Le-pilote-du-danube.jpgC’est d’un bien innocent pari qu’Ilia Bush, le tout nouveau vainqueur du concours de pêche organisé par la ligue danubienne, semble avoir pris pour témoin, en ce jour de 1876, les membres de la respectable société : descendre le Danube, depuis la source jusqu’à la mer morte, soit sur 3000km, avec pour seule ressource le produit de sa pêche. Un pari risqué cependant, en ces années où la révolte nationale bulgare gronde, pendant que sur une rive et l’autre du Danube, le conflit se prépare. Et voilà que depuis quelques temps une féroce bande de bandit semble avoir élu domicile le long des rives du grand fleuve. Embarqué incognito aux côtés d’Ilia Bush, Karl Dragosh , chef de la police danubienne profite de l’audacieuse équipée pour mener l’enquête…

 

On retrouve dans ce Jules Verne posthume nombre des ingrédients qui ont fait la renommée des romans plus connus du célèbre auteur pour la jeunesse : une innocente confrérie (ici une société de pêche) réunissant des membres de tous horizons autour d’une passion commune (qui peut les rendre un peu ridicule) pris à témoin d’un audacieux pari (ici descendre le Danube) sert de prétexte à un récit encyclopédique teinté d’une pointe d’aventure. Ce roman n’échappe pas au genre. C’est une sorte de développement le long d’une carte de géographie, à travers l’Europe, tout au long du Danube, dans lequel Jules Verne trouve assez habillement à combiner plusieurs motifs : sentimental, politique, policier – un peu comme dans Michel Strogoff, l’un des plus réussis selon moi des romans de Jules Verne. Le motif sentimental et le motif politique se combinent : ayant dû s’éloigner de Bulgarie, où il est recherché par les autorités turques, Serge Ladko, pilote et pêcheur émérite, qui est aussi un partisan bulgare, a laissé sa femme chez lui dont il est sans nouvelles. Très inquiet, il monte le subterfuge d’une expédition le long du Danube, sous une fausse identité, celle du lauréat Ilia Bush, afin de s’efforcer de gagner son pays sans y être reconnu. Mais c’est compter sans les inimitiés et les jalousies dont Ladko est l’objet : Yvan Striga, son ennemi personnel, qui fut en son temps éconduit par la femme de Serge Ladko, qu’il vient d’enlever, vole, torture et tue tout au long du Danube, en se faisant passer pour un certain Serge Ladko. Des méfaits qui ne tardent pas à attirer l’attention du policier Karl Dragosh sur le prétendu Ilia Bush.

 

Je ne m’attendais pas à trouver Jules Verne auteur de roman policier. Et pourtant celui-ci est assez réussi, à condition qu’on n’y cherche pas autre chose que le moyen de passer agréablement quelques heures de détente. Publié de façon posthume et assez remanié par Michel Verne (le fils de Jules), c’est un récit plutôt efficace, qui offre, en plus de l’action politico-sentimentale rythmant le récit, d’agréables moments de descente du fleuve en liberté. Un mélange original de l’action policière et des plaisirs de l’eau qui n’est pas très éloigné du beau roman d’atmosphère d’Erskine Childers, L’Énigme des sables.

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