Les Mines du roi SalomonUne carte au trésor qu’un portugais a tracé de son sang il y a plusieurs centaines d’années. Un seigneur anglais parti à la recherche de son frère avec l’aide d’un capitaine et d’un chasseur vieillissant. D’imposantes montagnes couronnées de neige de l’autre côté d’un désert qui semble infranchissable. La promesse d’un pays d’or et de diamants. Et un étrange serviteur africain qui cherche à retrouver le rang perdu auprès de son peuple…

 

Les ingrédients du roman d’Henry Rider Haggard enchanteront tous les lecteurs de romans d’aventures – et avec raison, car il s’agit d’un des meilleurs. Premier volume des histoires d’Allan Quatermain, ce récit m’a donné envie de me plonger au plus vite dans la suite, s’il n’était le fâcheux contretemps que ces livres ne sont plus disponibles en français depuis longtemps. C’est pourtant un récit d’une exceptionnelle efficacité, qui n’atteint pas sans doute dans cette matière au génie de L’île au trésor de Stevenson, modèle du genre (et l’un de mes livres préférés), mais mérite de figurer au panthéon des récits d’aventures.

 

Il y a bien sûr que, comme tout récit d’aventures coloniales, ce roman n’échappe pas à une idéologie qui est celle d’une autre époque. Dominée par les clichés racistes, fière d’une représentation du monde qui place le mâle européen au sommet du monde, l’idéologie coloniale reste l’envers du rêve de découverte et de dépaysement portant le roman d’aventures africaines. L’aventurier est un colon. Un Européen abordant en conquérant le continent africain, y colportant son regard obscurci par la représentation de sa propre supériorité, avide d’en extraire les richesses. Dans une certaine mesure, les personnages de Rider Haggard n’échappent pas à cette pente, même si l’auteur se montre plus subtil que dans d’autres romans : ainsi son personnage de sir Henry, motivé par autre chose que la quête effrénée de richesses, offre un contrepoint intéressant à la cupidité assumée d’Allan Quatermain.

 

Il serait bête cependant d’en rester là. Car comme dans toute œuvre véritablement réussie, capable de transcender l’idéologie qui la porte, on trouve dans Les Mines du roi Salomon quelque chose qui court, sous l’idéologie coloniale, de plus premier peut-être, de sincèrement humain : une perception assez vive de la précarité des existences, la découverte dans l’épreuve de formes de solidarité possibles entre Africains et Européens. Ainsi l’expérience de la guerre, vécue aux côtés de combattants africains, dans la lutte qui oppose deux prétendants au trône sur le site des mines du roi Salomon offre un bel exemple de solidarités viriles transcendants les frontières d’origine ou de culture. Tout cela environné de paysages sublimes décrits en des termes véritablement amoureux de la nature africaine et capable eux aussi de transcender l’opposition des territoires : ainsi le beau moment où nos explorateurs s’émeuvent devant la splendeur d’un paysage africain aussi beau que ceux de l’Angleterre !

 

Finalement si, au-delà de son attirail de trésors, de guerres, d’épreuves mettant en péril le sort de nos explorateurs, de sorcière, de grotte, de passages secrets, de vestiges d’anciennes civilisations perdues, de mines conçues comme un labyrinthe, de déserts et de hauts plateaux, le roman séduit, c’est pour l’histoire très humaine qu’il raconte : celle d’Européens happés par cette Afrique qui les fascine, mais qu’ils craignent, et prompts à retrouver leur propre brutalité au cœur de cette terre qu’il abordaient comme un continent étranger. Finalement le chemin n’est plus long entre ce très réussi roman de Rider Haggard et la magistrale démonstration de Joseph Conrad dans Au cœur des ténèbres. Mais cette leçon encore faudra-t-il qu’un auteur de la trempe de Conrad la tire…. la fiche sur Conrad est à suivre, car cette lecture m’a donné très envie de relire le roman de Conrad !

 

 

Henry Rider HAggard, Les Mines du roi Salomon. Edition électronique: Feedbooks.


2 comments on “Henry RIDER HAGGARD: Les Mines du roi Salomon”

  1. Un billet très intéressant; j’ai aimé ce que tu dis sur l’idéologie colonialiste. Si l’on renonçait à lire ce genre de livres, il faudrait se priver de beaucoup d’autres y compris de Kipling par
    exemple! Alors qu’un second degré permet de découvrir d’autres valeurs.
    Je n’ai pas lu celui-ci mais j’ai vu un film qui était une adaptation de ce roman. De qui? je ne me souviens plus! j’ai découvert cet auteur avec Elle -qui- doit- être- obéie!

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