L-Enfant-tombe-des-etoiles-Heinlein.jpgDepuis trois générations, les Stuart ont adopté Lummox, ramené d’un voyage d’exploration dans l’espace, un adorable animal de compagnie qui sait se montrer doux et obéissant, malgré sa respectable taille et ses petits caprices qui peuvent le conduire à l’occasion à croquer l’horrible chien des voisins qui jappe à tout rompre ou la vieille buick de son maître, John Thomas Stuart, onzième du nom. Car Lummox est un gourmand, qui se nourrit de tout ce qu’il trouve, ce qui ne va pas sans causer de nombreux désagréments pour son maître et pour le voisinage. Mais ce n’est encore rien, comparé à l’imbroglio qui se prépare, quand en plus du procès entamé contre les dégats causés par son « petit » compagnon, John Thomas voit débarquer une délégation d’extra-terrestres aux revendications abracadabrantes. Le jeune homme ne va pas tarder à comprendre le rôle qu’il tient dans cette partie diplomatico-galactique qui commence.

Il semble que le roman ne soit qu’une variation sur le motif de la pensée de Montaigne: « Quand je me joue à ma chatte, qui sait si elle passe son temps de moi, plus que je ne fais d’elle. ». Oeuvre mineure du grand écrivain de science-fiction, c’est cependant un récit amusant, conduit avec une grande habileté à mêler des thèmes qui a priori n’étaient pas faits pour aller ensemble: le motif de l’amitié du garçon et de l’animal, la quête de la maturité et de l’émancipation personnelle, la réflexion sur les limites de l’humanité, une autre sur la définition de l’espace démocratique à l’âge d’une fédération inter-galactique, une autre encore sur le racisme et la xénophobie, enfin une sorte de roman politique et diplomatique centré sur la personne du vice-ministre des affaires spaciales Kiku, personnalité complexe, haut fonctionnaire brillant animé par le seul souci de l’Etat, fin diplomate, doublement minoritaire, parce qu’il est originaire d’un coin d’Afrique où survivent encore des formes d’organisation sociales traditionnelles et parce qu’il exerce seul la réalité d’un pouvoir dont il cherche à garantir cependant la visée démocratique. Ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes fort délicats à l’occasion: comment tirer tout le parti d’un entretien avec un respectable représentant du peuple Rargyllien, peuple connu pour ses talents d’interprète, mais qui offre l’aspect de créatures médusoïdes quand vous avez la phobie des tentacules ou de tout ce qui peut évoquer un serpent? Et comment faire entendre raison à un peuple aussi buté que celui des Hroshii, qui tient entre ses mains – mais bluffe-t-il?– le pouvoir de détruire la Terre?