Mois : octobre 2010

George SAND: Les Dames vertes

Les-Dames-vertes.gifLorsque le jeune Nivières se rend, sur la recommandation de son avocat de père, chez la belle Madame d’Ionis, afin de la convaincre de ne pas renoncer à ses droits dans un procès où, par bonté, elle souhaite prendre le parti de ses ennemis, il ne se doute pas de la nature des aventures qui l’attendent dans ce château, entre Angers et Saumur, où de troublantes apparitions paraissent, dit-on, à la nuit tombée, dans une chambre rebaptisée la chambre des Dames. Invité à y passer plusieurs nuits, Nivières va découvrir l’inquiétante fascination des fantômes, et y apprendre la torturante immortalité de l’amour…

 

Ce récit, tout en faux semblants et en chausse-trappes, est un petit bijou d’ironie qui montre que, même assagie, George Sand n’a rien perdu de la verve de sa jeunesse. Publiée la même année que Mademoiselle La Quintinie, roman charge croisant la question du mariage et celle de la religion, ces Dames vertes donnent, sous la forme d’une histoire de fantômes somme toute assez traditionnelle, un récit passionnant mêlant environnement fantastique et préoccupations sociales: un château Renaissance des bords de Loire, une chambre hantée par trois mystérieuses dames, une antique bibliothèque et une fontaine de Goujon sont des éléments peut-être déplacés dans ce récit du XVIIIè siècle qui est aussi une histoire de procès, d’argent, d’honneur et de mauvais mariage. Mais tout l’humour du récit naît justement de ce déplacement. Entre réalisme et fantastique, crédulité et scepticisme, passion et raison, quête du bonheur et défense de l’honneur, le parcours du jeune Nivières est à l’image d’une société désorientée, à la veille de la Révolution française, pour laquelle tout est possible: aux bourgeois de rêver de princesses, aux femmes d’être liées à un homme par autre chose qu’un titre de propriété et aux fantômes de faire chavirer le coeur d’un séduisant avocat de province. Mais méfions-nous des apparences. La bonté de la belle Madame d’Ionis ne dissimule-t-elle pas un attachement plus humain pour son charmant cousin d’Aillane que son mari poursuit dans le procès qui oppose les deux familles? Et comment la ressemblance d’une revenante avec une sculpture de Goujon peut-elle être l’origine de l’amour véritable, partagé qui unira le jeune Nivières et la soeur de d’Aillane? Tels seront finalement les véritables mystères de ce roman.

 

Challenge George Sand

Billet publié dans le cadre du Challenge George Sand organisé par George 

 

 

L’avis de Maggie 

 

Robert SILVERBERG: Les Monades urbaines

Les-monades-urbaines.jpgEn l’an 2381, les Terriens semblent avoir trouvé enfin une solution au problème de la surpopulation: des tours géantes de 1000 étages, hautes de 3000 mètres, abritant plus de 800 000 habitants, sont réunies en vastes agglomérations construites sur les zones les plus arides de la Terre. Une agriculture raisonnée et un haut niveau technologique permet à l’humanité de survivre, libérée de la faim et des frustrations. Mais l’utopie est-elle possible? Et que cache l’organisation de ces cités verticales dévolues au culte de dieu, aux drogues et à la natalité?

 

Voici un récit que je désirais lire depuis longtemps et je ne cacherai pas que j’ai d’abord été un peu déçu. Récit d’anticipation plus que de science-fiction, le roman a vieilli. La représentation d’une société hypersexualisée, libérée des tabous, mais où la sexualité est réduite à une pratique hygiénique, vidée de tout érotisme, dans un monde où les hommes sont condamnés à une promiscuité permanente et menacée par la claustrophobie, lasse rapidement. Volontiers explicites, récurrentes, les descriptions sexuelles, la longue évocation des partenaires multiples, de qui couche avec qui, qui illustrent bien le ton nouveau introduit par Silverberg dans un genre connu jusqu’alors pour son puritanisme (c’est une des raisons pour lesquelles ce livre est considéré partout comme un classique!) ne sont plus toujours nécessaires. Et j’aurais aimé voir l’auteur pousser plus avant ce qu’il y a de véritablement nouveau dans sa manière de conduire un récit de science-fiction: l’importance accordée à la psychologie. Car là est bien le propos: l’épanouissement individuel n’est-il pas à la fois la condition et le leurre d’un monde dévolu à la multiplication des rapports sociaux? En s’intensifiant, les relations d’interdépendance sociales ne condamnent-elles pas les individus à fuir la réalité d’une solitude toujours plus réelle dans l’opium du jouir sans entrave?

 

« L’homme est de tous les animaux celui qui peut le moins vivre en troupeaux ». La phrase de Rousseau placée par l’auteur en exergue donne le ton d’un récit cependant ambitieux, qui regarde du côté du conte philosophique. Car le roman de Silverberg est d’abord une contre-utopie: cette société du bonheur est un monde totalitaire, organisé en classes sociales entre lesquelles les relations sont limitées, où la religion est une idéologie et un commerce, d’où est bannie toute intimité, donc toute liberté, même celle de se refuser sexuellement à autrui, où l’art n’est qu’un moyen d’apaiser les frustrations sociales. L’homme y est réduit à un insecte. C’est par ailleurs un récit qui présente une structure intéressante, tenant d’ailleurs à sa genèse. Conçu à partir de nouvelles d’abord publiées séparément, le roman n’est pas centré sur le parcours individuel d’un héros qui, prenant progressivement conscience du caractère totalitaire de la société dont il est l’un des rouages, chercherait ensuite à s’en émanciper, causant par là sa propre perte ou bien au contraire sa rédemption dans un ailleurs dont on lui cachait jusqu’alors l’existence, comme il arrive habituellement dans les récits contre-utopiques: 1984, Le Meilleur des Mondes, Un Bonheur insoutenable, etc. Au contraire, Silverberg choisit de multiplier les acteurs et ce faisant les points de vue. Chacun des chapitres du roman est centré sur un héros différent, dont il raconte le parcours: l’histoire de Charles Mattern, socio-computer, chargé de faire visiter la monade 116 à un visiteur vénusien s’intéressant aux cultures étrangères; celle de Dillon Chrimes, artiste de vibrastar dans un groupe cosmique; celle d’Aurea et de son mari Memnon Holston, un couple sans enfant contraint à s’expatrier pour venir habiter une nouvelle monade et qui font l’expérience de la reprogrammation psychologique; celle encore de ces « inadaptés », l’historien Jason Quevedo qui découvre la jalousie dans les archives du XXème siècle, Sigmund Kluver, jeune ambitieux, Micael Statler qui rêve de visiter l’extérieur… Mais la monade est un lieu clos. Et rien ne le fait mieux sentir que le fait que chacun de ces personnages, reste cependant dans le champ des autres récits, comme personnage secondaire d’un roman cherchant à donner un équivalent littéraire de l’expérience totalitaire.

 

Javier CERCAS: Les soldats de Salamine

Les-Soldats-de-Salamine-copie-1.jpgA la fin de guerre civile, aux derniers jours de la déroute du camp républicain, l’écrivain Rafael Sánchez Mazas, fondateur de la Phalange, échappe par miracle à l’exécution, grâce à l’aide passive d’un soldat républicain. Redécouvrant cette histoire aujourd’hui, un journaliste de province, parvenu au carrefour de sa vie, décide d’enquêter sur les faits…

 

« J’avais appris – mais sans le comprendre et cela m’intriguait – que cet homme cultivé, raffiné, mélancolique et conservateur, manquant de courage physique et allergique à la violence – sans doute parce qu’il se savait incapable de l’exercer -, avait dans les années vingt et trente oeuvré presque plus que quiconque pour plonger son pays dans une sauvage orgie de sang. » Tout est dit! Parce qu’on peut être un écrivain et un salaud, parce qu’il y a un monde entre l’exaltation de la violence et le véritable héroïsme, parce que tout finit par s’oublier, même le nom de ceux qui un jour furent les véritables héros qui, dans leur uniforme en guenille, sauvèrent la civilisation, des champs de bataille d’Espagne aux plages de Normandie, tandis que le nom des caudillo et autres poètes boursouflées continuent à s’accrocher à notre souvenir, parce qu’il y a comme dit l’autre quelque chose de pourri au royaume du Danemark ou, comme l’écrit Cercas, que l’histoire de l’Espagne est une histoire de merde, il y avait une urgence à écrire. Et ce livre, qui est le compte-rendu désenchanté de cette urgence est un grand, un très grand livre nécessaire, plus encore peut-être que l’Anatomie d’un instant dont je parlais il y a quelques jours, un chef d’oeuvre en fait, une oeuvre profonde sur la nature de l’héroïsme et le besoin terrestre, humain, politique de la réconciliation historique.

 

Maître du point de vue, ce dont m’avait déjà aussi convaincu son dernier livre, Cercas se livre ici à une véritable démonstration de son art, glissant d’un héros à l’autre. Qui est le protagoniste principal de ce récit? Rafael Sánchez Mazas – l’une de ces figures paradoxales qu’a pu produire le fascisme européen, poète, dont la vie et l’oeuvre montrent jusqu’où peuvent conduire les mots, que la violence et la guerre sont la continuation sous certaines formes d’une certaine poésie et que si la vie est pétrie de motifs et de représentations littéraires, cela ne se fait pas forcément pour le bien des hommes? Ou bien le mystérieux soldat républicain qui lui laissa la vie sauve? Ou bien encore le vieux Miralles, ancien de la guerre d’Espagne, de la colonne Leclerc, de la 3ème armée de De Lattre, ancien communiste espagnol naturalisé français, venu s’installer près de Dijon après la guerre, peut-être parce qu’il jura un jour sur le champ de bataille que s’il s’en sortait il finirait sa vie en buvant du bon vin, l’un de ces anonymes sans qui la civilisation ne serait pas ce qu’elle est et que la civilisation remercie en le laissant finir sa vie, oublié de tous, dans l’appartement exiguë d’une pension de retraite, avec pour seule richesse le souvenir des copains morts, un vieil air de paso doble trottant dans la tête, des cigarettes fumées en cachette et le désir chevillé au corps de mettre la main aux fesses de soeur Françoise, la directrice de l’institution, mais soeur Françoise est une religieuse et le vieux communiste sait respecter ces choses là? Ou bien encore le narrateur lui-même, double exact de l’écrivain?

 

Ambiguïté encore du titre du livre, titre à la fois d’un récit projeté autrefois par Rafael Sánchez Mazas pour raconter son aventure, de la deuxième partie du roman de Cercas, qui est le récit par l’auteur de cette même aventure, résultat de son travail d’enquêteur conduit au cours de la première partie, et enfin du livre lui-même de Cercas, dépassement des difficultés rencontrées pour écrire ce livre.

Mis en scène par Cercas dans les première et troisième partie de son roman, sous la forme d’une enquête qui, à la manière des meilleurs Montalban, est une plongée dans l’inconscient de l’Espagne, la quête de la vérité de l’histoire naît, chez le narrateur, de la conscience d’un mystère: dans cette histoire qui s’éloigne, au point que les protagonistes ne tarderont pas à nous sembler aussi étrangers que les lointains soldats de la bataille de Salamine se dit quelque chose d’essentiel du rapport à nous-même, ce qu’est l’humain et notre mémoire. Ce qui n’est pas une entreprise sans risque. L’oubli n’est-il pas parfois nécessaire? « Se mettre à écrire sur un facho avec la quantité d’écrivains rouges vachement bons qu’il doit y avoir par ici! » s’étonne Conchi, l’amante du narrateur, incarnation des séductions d’une Espagne moderne, démocratique et libérée. A la limite de l’autofiction et de la métafiction, Javier Cercas travaille donc à produire une forme qui désamorcerait les effets de cette séduction: soigner le mal par le mal, le mal causé par les effets d’une littérature idéaliste sur des hommes qui aimaient trop la poésie pour s’apercevoir de l’orgie de sang à quoi elle conduisait en le circonscrivant au moyen d’une efficace machinerie littéraire. Don Quichotte raconté par Cervantès! Qui sont les véritables héros? Comme le dit Miralles à la fin du livre, la guerre n’est-elle pas romanesque que pour ceux qui la racontent et ne l’ont pas fait? Cette vérité, Cercas finit par la découvrir au terme du parcours désenchanté dont ce livre est aussi le récit. A lire absolument!!!

 

Javier CERCAS, Les Soldats de Salamine (2001). Actes Sud, 2002. 

C’est lundi! Que lisez-vous? (2)

cest-lundi1Qu’est-ce que j’ai lu cette semaine? Qu’est-ce que je lis en ce moment? Que lirai-je la semaine qui vient? Une idée à l’initiative de Malou.

 

Début de semaine rousseauiste: j’ai fini Henri Gouhier, Les Méditations métaphysiques de Jean-Jacques Rousseau et je continue à relire la Profession de foi du vicaire savoyard. Javier Cercas, Anatomie d’un instant, découvert mercredi a occulté toutes les autres lectures en cours. Renvoyé donc par Cercas sur la pile des livres en cours, Forster, Avec vue sur l’Arno reste ouvert p.96, sur le chemin du retour de la campagne florentine où Lucy est l’héroïne principale d’une sorte d' »Amant de lady Chatterley » burlesque, que j’ai hâte de rejoindre, dès que j’aurai fini le roman de Javier Cercas, commencé dans la foulée du précédent livre: Les Soldats de Salamine. Le Dictionnaire de Jean-Jacques Rousseau de R.Trousson et F.Eigeldinger continue à occuper avec la relecture du Vicaire mes moments rousseauistes.

Mes projets de lecture.- Javier Cercas toujours: A la vitesse de la lumière. Puis une nouvelle d’Henry James ou Portrait de femme (pour le  Challenge Henry James ). Et il y a toujours cette idée de relire La Nouvelle Héloïse qui décidément tarde un peu à se concrétiser.

 

La liste des participants à ces « Lundi! Que lisez-vous? » est disponible chez Malou.

Javier CERCAS: Anatomie d’un instant

Anatomie-d-un-instant.jpgLe 23 février 1981, devant les députés espagnols réunis pour choisir un successeur au chef du gouvernement démissionnaire, Adolfo Suàrez, un groupe de militaires, conduits par le lieutenant-colonel Tejero, fait irruption dans l’hémicycle. Bientôt, au cri de « Tout le monde à terre », des coups de feu sont tirés. Comme un seul homme, dans un mouvement de prudence instinctif, les députés plongent sous leur fauteuil. Tous sauf trois: Suàrez, le chef de gouvernement et principal artisan de la transition démocratique qui a fait sortir l’Espagne du franquisme; tout à côté de lui, le général Gutiérrez Mellado, vice-président du gouvernement démissionaire; face à eux, à l’autre extrêmité des bancs des députés, Santiago Carillo, chef du parti communiste. Trois hommes en fin de parcours, trois hommes défaits…

 Dans l’hémicycle vide, le geste de ces trois hommes restés seuls pour défendre au péril de leur vie la jeune démocratie naissante, enregistré par les caméras de télévision et depuis repassé, ressassé reste un mystère, s’il est vrai qu’à l’heure de la télévision et de l’inflation des images le mystère consiste moins dans ce qui est dissimulé, caché que dans ce qui est apparent, connu de tous. C’est à la description de ce geste, au travers duquel Javier Cercas parvient à lire les années décisives qui ont séparées l’Espagne franquiste de l’époque démocratique contemporaine – les années de la « réconciliation »- qu’est consacré ce livre habile à repérer les figures structurant l’Histoire (ou la représentation que nous nous en faisons), à plonger dans l’intimité de ses acteurs, à recomposer, à la manière du romancier, leurs frustrations et leurs désirs, à interroger l’étonnante propension de l’Histoire à faire image.

 A proprement parler, le livre n’est pas un essai, mais un livre d’histoire comme en écrivaient Tacite ou Tite-Live, une chronique d’écrivain, qui montre que la compréhension de l’Histoire a besoin de la littérature, parce que l’Histoire est déjà elle-même une fabuleuse fabrique de clichés, et que nul mieux que la littérature ne sait identifier les clichés et faire la part dans cette demi-vérité qu’est toujours le cliché de ce qui voile la réalité d’une époque et de ce qui malgré ou au travers du voile la manifeste. « C’est vrai: l’Histoire produit d’étranges figures et ne rejette pas les symétries de la fiction, comme si par cette recherche formelle elle essayait de se doter d’un sens qu’elle ne possède pas en elle-même. » Effets de symétrie, de miroir, développements romanesques, figures de cinéma telles sont les formes retenues par Javier Cercas non pour imposer de force un ordre romanesque ou littéraire à une Histoire qui n’en reconnaît pas, mais seulement afin d’interroger la vérité historique d’une réalité saturée de représentations et s’efforcer de prendre au sérieux la trame de l’événement, ce « tissu presque sans couture de conversations privées, de confidences et de sous-entendus qui souvent ne se laissent reconstituer qu’à partir de témoignages indirects, en forçant les limites du possible jusqu’à atteindre le probable, et en essayant de découper la forme de la vérité à l’aide du patron du vraisemblable. »

Il en ressort un très véridique portrait de notre temps. Un temps qui a ses héros, mais singuliers: ces « héros de la retraite » qui, comme Suàrez, l’ancien chef du parti franquiste, sont héroïques pour avoir travaillé à défaire tout ce en quoi ils avaient cru, quitte à y sacrifier leur honneur et leur conscience, des héros en qui nous peinons pourtant à nous reconnaître, tellement nos esprits restent travaillés par une éthique de la loyauté, alors qu’eux sont des champions de la trahison. Mais est-il sûr que politique et éthique fassent si bon ménage? Notre morale de la loyauté ne conduit-elle pas tout droit au coup d’Etat du 23 février? Qui sont les véritables héros de la fidélité sinon ceux qui, comme le lieutenant-colonel Tejero, sont restés fidèles au rêve de leur jeunesse, le rêve d’un pays organisé comme une caserne, et qui s’achève, les armes à la main, devant le parterre de députés terrorisés de la nouvelle Espagne réconciliée?

Bref, un livre magnifique qui non seulement donne à comprendre de l’intérieur la logique d’un coup d’Etat, et d’une des dates clefs de l’histoire politique espagnole, mais qui en plus, conscient que s’éloigne le temps des grands traités sur l’Histoire, des interprétation de l’événement par un discours sur les structures, dont Le 18 brumaire de Louis Bonaparte de Marx constituait sans doute le chef d’oeuvre, prend la mesure de cette inadaptation d’une forme passée du discours historique aux catégories politiques de notre temps et sait trouver dans une forme de conscience très aiguë des processus narratifs de l’Histoire une façon de renouveler magnifiquement, à la limite des genres, et notre compréhension du réel et nos façons de le dire.

 

 

Javier CERCAS, Anatomie d’un instant (2009). Traduction: Elisabeth Beyer et Aleksandar Grujičić. Actes Sud, 2010

C’est lundi! Que lisez-vous?

cest-lundi1Drôle de titre pour un mardi! Mais je reprends ici l’intéressant projet de Malou, découvert un peu tardivement hier soir en passant par chez George. L’idée est de dresser hebdomadairement, soit donc chaque lundi, la liste de nos lectures achevées, en cours et projetées; liste destinée à soi-même bien sûr, surtout lorsque, comme moi, on compte plus les livres ouverts que les lectures achevées, mais susceptible aussi d’entretenir les conversations par le biais des commentaires à nos billets. Il n’en fallait pas plus pour me tenter. Souffrant d’un désaccord pour ainsi dire structurel entre la courbe de mes désirs (l’horizon idéal d’un compte rendu exhaustif de mes lectures!) et la réalité de mes billets, la conscience de laisser échapper le souvenir d’une bonne partie de ce que je lis s’ajoutant en plus à mon goût pour les listes, me voici donc sautant à pieds joints dans le dit projet.

 

Sans doute le plus intéressant naîtra de ce que nous n’attendons pas, c’est-à-dire de la liste des lectures projetées: il n’y a pas de journal d’une vie de lecteur, sans ce récit des intentions qui précèdent et accompagnent nos lectures, intentions aussi vite oubliées que formées, mais qui continuent à travailler, sur une plus ou moins longue durée, notre rapport avec les livres. C’est d’ailleurs une piste d’entrée intéressante dans la lecture de nos blogs: un tel s’empresse de s’inscrire à un challenge et propose de lire un titre dont il parlait déjà depuis des mois; tel autre remet toujours à plus tard la lecture d’un auteur dont à l’entendre en parler à propos de tel ou tel autre écrivain on pouvait croire qu’il était familier. Je remets depuis l’âge de 17 ans la lecture du Ulysse de Joyce. Mais ce roman fait partie des oeuvres familières qui accompagnent l’intimité de ma vie de lecteur, au même titre que Du côté de chez Swann que j’ai lu quatre fois. Et que je n’ai jamais lu plus de quatre pages de Virginia Woolf, d’ailleurs toujours les mêmes et avec un grand plaisir, ne signifie pas qu’il ne se passe pas un mois sans que je pense à elle, ni à me lancer enfin dans la lecture de ses oeuvres complètes.

 

 

Qu’est-ce que j’ai lu cette semaine?

 

Jean Giono, Faust au village

Joseph Moreau, Jean-Jacques Rousseau

et le manga-fleuve de Naoki Urasawa (18 volumes!), Monster, commencé la semaine précédente.

 

Qu’est-ce que je lis en ce moment?

 

Forster, Avec vue sur l’Arno

Jean-Jacques Rousseau, Profession de foi du vicaire savoyard

Henri Gouhier, Les Méditations métaphysiques de Jean-Jacques Rousseau

R.Trousson et F.Eigeldinger, Dictionnaire de Jean-Jacques Rousseau

 

Que lirai-je la semaine qui vient?

 

d’abord finir les lectures en cours

puis une nouvelle d’Henry James ou Portrait de femme, histoire de me lancer dans le Challenge Henry James (ce n’est pas tout d’organiser un challenge…)

depuis plusieurs semaines, je me dis que je relirais bien La Nouvelle Héloïse, mais il est assez certain que je risque de faire « traîner » ce projet pendant plusieurs mois encore.

Challenge Henry James

challenge henry jamesJe m’en étais déjà expliqué dans un précédent billet. Le plus souvent quand ce blog est en sommeil (et Dieu sait que je ne suis pas très réactif en ce moment), c’est que je lis. Et plus je lis, moins je trouve le temps de publier des billets. Je ne sais toujours pas la recette qui permet aux plus constants d’entre nous de publier leurs deux ou trois billets par semaine. Mais chacun sa manière. La mienne est de concevoir ce carnet non comme un journal exhaustif de mes lectures, mais comme un recueil des quelques billets échappés, souvent sous le seul effet du hasard, ou de la disposition dans laquelle je me trouve à ce moment, de mes entretiens quotidiens avec les livres.

 

Mais comme l’autre plaisir de ces billets est de permettre de partager certains moments de lecture avec d’autres qui ont comme nous parcouru les mêmes livres ou qui en éprouvent le désir, cela fait quelques temps que je me disais qu’il serait bon, à mon tour, de mettre sur pied l’un de ces bons challenges, qui vous rendent ambitieux de livres et gourmands de lectures. Depuis aujourd’hui donc l’affaire est lancée, sous la forme de ce

 

Challenge Henry James

 

auquel je vous convie. 

 

 

Le principe est simple: lire et partager tout ce qu’on peut sur Henry James

 

Mode d’emploi: 3 niveaux de challenge

 

Catégorie Jamesiens débutants: Lire et publier un billet sur au moins  

un roman de James

une nouvelle de James

 

Catégorie Jamesiens confirmés: Lire et publier un billet sur au moins  

deux romans de James

deux nouvelles de James

une adaptation cinématographique d’une des oeuvres de James

un roman, biographie ou essai critique sur James

 

Catégorie Jamesiens experts: Lire et publier un billet sur au moins  

trois romans de James

trois nouvelles de James  

un récit de voyage ou essai critique de James

une adaptation cinématographique d’une des oeuvres de James

un roman, biographie ou essai critique sur James

 

Publier un billet avec un lien vers cette page ou la page du Challenge 

 

Les liens vers des billets déjà publiés sont bien sûr bienvenus.

Je m’efforcerai de tenir à jour une liste avec les liens vers vos différents billets.  Le plus simple est sans doute d’annoncer vos billets en commentaire de ce billet ou de la page du challenge.

 

La bibliographie d’Henry James est consultable ici.  

 

Bonnes lectures. 

 

challenge-henry-james.jpg