Mois : avril 2010

Padova (Padoue)

Padova.jpgLes deux collections éditées par l’éditeur d’art milanais Skira, « Gli itinerari d’arte » et « Le città d’arte », dont certains titres sont peut-être disponibles en français, proposent d’intéressants guides consacrés à des itinéraires peu connus (« La plaine émilienne: Bologne, Ferrare et Modène », « La Suisse italienne », « La Valtellina »…) ou à des villes (« Brescia », « Bergame », « Pavie », « Crémone »…). Le volume dédié à Padoue accompagne agréablement le voyage et se montre une aide précieuse à la découverte de la ville.

 

Cinq itinéraires variés sont proposés d’abord qui permettent, dans l’esprit des guides de voyage, mais avec un niveau d’information plus exigeant, de sillonner Padoue. Des notices approfondies sont proposées: la décoration de la chapelle Scrovegni par Giotto. Le café Pedrocchi. Le palais de la Raison, centre civil de la ville médiévale décoré d’un passionnant cycle pictural d’inspiration astrologique, qui est une méditation sur les formes du bon gouvernement, palais qui aujourd’hui encore occupe une place importante au coeur de la cité, puisque son rez-de-chaussé est encore occupé par un immense marché couvert. Le Prato della valle, splendide place au sud de la ville offrant le spectacle curieux d’une île gigantesque en plein coeur de la place, aménagé en jardin, bordé de statues et d’un canal circulaire, et relié à l’espace urbain par quatre ponts disposés symétriquement. L’autel du Santo sculpté par Donatello.

 

Mais ce sont les quatre itinéraires suivants, rangés sous la rubriques « itinéraires thématiques« , qui font tout l’intérêt de ce guide. En particulier on y trouve une passionnante découverte des grands cycles décoratifs du XIVème siècle, qui est une mise au point intéressante sur l’influence de Giotto à Padoue et les conséquences de sa confrontation avec la leçon des grands maîtres du nord: Giotto aux Scrovegni, Guariento aux Eremitani (où l’on n’oubliera pas de jeter un coup d’oeil aussi aux fresques peintes un siècle plus tard par Mantegna, ravagées par les bombardements de 1944, mais qu’une intelligente restauration consistant à remplir en noir et blanc les vides laissés par les destructions de la guerre a rendues de nouveau intelligibles), Guariento à la Reggia Carrarese, Giusto de’ Menabuoi au Baptistère de la Cathédrale, Altichiero et Avanzi à la chapelle San Giacomo du Santo ou Altichiero seul à l’oratoire de San Giorgio sont les étapes d’un parcours qui en une seule journée (à condition qu’on soit vraiment féru de peinture du XIVème siècle!) permet de jouir de ce que la peinture gothique a produit de plus beau.

 

 

Guide Skira – Le Città d’arte: Padova. Milan. Skira Editore. 2004.

 

L’arte di mangiar bene

100_3885.JPGLa cucina di dogi, colombine e gondolieri a Venezia (Claudia Toso)

Sapori di Emilia Romagna – le ricette classiche (Rosalba Gioffrè e Gabriella Ganugi)

Souvenir de mon récent séjour entre Vénétie et Emilie-Romagne, ces deux livres de cuisine qui se présentent comme des recueils de quelques uns des classiques de la gastronomie émilienne et vénitienne.


On dit souvent de la cuisine italienne qu’elle a trouvé son terrain d’épanouissement dans les entrées: antipasti e primi piatti, les premiers servant habituellement la noblesse des mets dans des présentations d’une grande simplicité, mais qui mettent en valeur la fraîcheur des produits, tandis que les seconds sont le lieu de savantes et habiles préparations. Rien n’est plus vrai de la gastronomie de ces deux régions du nord de l’Italie.


Rien de plus dissemblable aussi cependant que ces deux régions. En Vénétie règnent le riz et la polenta. On se régale d’un plat de risotto aux coquilles saint-jacques arrosé d’un Serprino des Colli Euganei ou du plus connu Risi e bisi (riz aux petis pois). Poissons et crustacés règnent sur la table, même si l’arrière-pays offre quelques spécialités charcutières (le fameux jambon de Montagnana et le plus excellent encore jambon de San Daniele). Les classiques de la cuisine italienne n’ont pas vraiment leur place: ni veau, ni lapin, mais plutôt du canard; et même les abats sont un peu délaissés au profit du plus noble foie de veau, dont la préparation la plus connue est sans doute celle du foie de veau alla venexiana. Pour manger des pâtes, il faut remonter jusqu’à Trévise, ville qui vaut par ailleurs la visite, où les Bigoli, sortes de gros spaghetti qu’on accommode généralement d’une sauce à l’anchois se marient agréablement avec le Prosecco, un vin pétillant qui entre aussi dans la composition du cocktail Bellini; ou bien alors il faut goûter à Venise aux spaghettini à l’encre de sèche.


Ce sont au contraire les charcuteries (jambon de Parme, mortadelle de Bologne) et les pâtes aux oeufs farcies de sauces riches qui sont à l’honneur en Emilie-Romagne. Les Tortelli se dégustent à la viande, aux herbes, à la courge (mes préférées!) ou à la ricotta et aux épinards. Les tagliatelles sont servies al ragu (la dite sauce bolognaise). Le Zampone, une saucisse délicieuse et roborative s’accommode de lentilles. On farcit les légumes. Les gâteaux sont trempés dans la liqueur ou frits et accommodés de confiture.

 

Altichiero da Zevio

AltichieroConnu à Vérone où il réalisa la décoration de la Grande salle du Palais des Scaliger (hélas disparue) et les très belles fresques qu’on peut observer encore à Sainte-Anastasie, Altichiero da Zevio est l’une des personnalités artistiques majeures du XIVème siècle. De culture artistique lombarde, peintre important à Vérone, il fut actif également à Padoue où il reçut la leçon de Giotto, grâce à l’éblouissant cycle laissé par le peintre toscan dans la chapelle Scrovegni.

 

Les deux cycles qu’Altichiero a réalisé pour le Santo à Padoue font l’objet de ce petit livre.

 

Dans la chapelle San Giacomo de la basilique Sant’Antonio, il réalise, en collaboration avec Jacopo Avanzi, un cycle éblouissant mettant en scène, sous un ciel étoilé et des représentations des prophètes, docteurs de l’Eglise et symboles des évangélistes, des Scènes de la vie de saint Jacques, dans un style gracieux et élégant. Sur le mur du fond, la magnifique Crucifixion, insérée dans les arcades de la chapelle, témoigne d’un art à la fois très narratif et d’une hauteur de réflexion manifeste. Les notations naturalistes, les références à la vie quotidienne, tempérées par un art consommé de l’équilibre dramatique des figures et une méditation sur les formes classiques, dans l’esprit de la culture pré-humaniste qui régnait à l’époque à Vérone et à Padoue, conduisent à l’une des plus grandes réalisations de la peinture gothique.

 

Tout à côté, dans l’oratoire San Giorgio, Altichiero représente des Scènes de la vie de Jésus, de Marie, de saint Georges et des saintes Lucie et Catherine qui sont une méditation émouvante sur le thème du mystère de la vie et de la mort, et orchestre en une symphonie visuelle époustouflante tout un complexe d’architectures et de couleurs. Saint Georges luttant contre le dragon devant un paysage de rochers traité comme une matière sculpturale et le développement d’une cité fortifiée telle qu’on pouvait en trouver à l’époque en Vénétie, la piété émouvante du groupe de femmes agenouillées derrière le roi Cévio baptisé par Saint Georges, l’extraordinaire fuite en Egypte (hélas en partie dégradée) campant les figures de Marie et de Joseph dans l’esprit de celles de Giotto et un enfant Jésus criant de vérité, de saisissantes représentations de foules dans lesquelles on reconnaît à l’occasion le portrait de personnages en vue à la cour des Carrare, notamment celui de Pétrarque, enfin l’éblouissant cortège d’anges musiciens participant au Couronnement de Marie sont des spectacles rares.

 

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Iter italicum

Près de quatre mois après mon dernier billet… me voici de retour. Avec le printemps, et plein de livres dans les poches. Je reviens d’Italie où j’ai collectionné quelques catalogues intéressants et grapillé plusieurs titres de romans, en particulier de romans policiers. Merci à ceux qui ont continué à faire vivre ces pages de leurs commentaires. Et à demain pour mon prochain billet.